Une liaison non-catholique

Le Mouvement Populaire a rompu sa liaison avec « l’Alliance pour la Démocratie » ; une décision qui n'est susceptible que d’une lecture objective, régie par la logique et la raison et s’appuyant sur la prise en considération d’un contexte où les Marocains ne peuvent plus supporter un paysage politique ambigu et noyé dans le flou.

Quant le Mouvement Populaire avait décidé, immédiatement après l'adoption de la nouvelle constitution, d’intégrer l'alliance des huit partis, son unique motivation était de contribuer à la mise en place des préalables d’une véritable polarité politique, basée sur le programme et la réunion autour d'un projet sociétal aux contours clairs. Mais en même temps, le Mouvement Populaire était clair s’agissant de sa liberté de choisir le positionnement approprié après les élections et a considéré que la relation d'alliance n'est pas un mariage catholique ou une assignation à une « résidence surveillée » éternelle.

Cette clarté dans la vision, le discours et les déclarations de la direction du Parti a renforcé notre crédibilité aux yeux de tous, d’autant que nous avons proclamé d'emblée que nos alliances ne sont dirigées contre quiconque. Il est des spécificités du Mouvement Populaires de faire prévaloir la noblesse et le tact dans ses relations avec tous les protagonistes politiques. Ce qui nous a permis de rester à l’écart des joutes oratoires qui ont transgressé, dans de nombreux cas, la limite tolérée moralement dans le langage de communication politique.

Le « G8 » nous a fait subir des pertes importantes numériquement lors des dernières élections et nous n'avons pas été consultés, même à titre d’information, par certaines des composantes de ce groupement qui ont choisi de se positionner dans l'opposition. Pire, nous avons encouru de certains – que Dieu leur pardonne – des insinuations préjudiciables auxquelles nous n’avons pas réagi par respect à la noblesse qui anime notre corps politique.

Et parce que nous sommes éduqués pour épouser cette bonne conduite, nous avons tenu au moment de la prise de décision de rompre la liaison avec le G8 de choisir la formule la plus appropriée pour informer « les alliés d’hier » d’une décision qui n'est dirigée contre quiconque, mais qui consacre notre conviction en l'unicité du discours et de la position et de la négation de tout positionnement ambivalent.

Mohamed Mechahouri

Analyse
Abdelilah Benkirane s’assure une majorité confortable pour sa formation gouvernementale pressentie

Suite à l'approbation par les organes dirigeants du Parti de l'Istiqlal, du parti du Mouvement Populaire, dimanche dernier, et du Parti du Progrès et du Socialisme, samedi dernier, de la décision de rejoindre l’alliance gouvernementale, M. Abdelilah Benkirane, chargé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI de former un gouvernement, s’est assuré une majorité confortable pour sa formation gouvernementale pressentie et pourra ainsi passer, comme prévu, à une deuxième phase de consultations portant sur la répartition des portefeuilles ministériels.

En plus des 107 sièges remportés par le Parti de la Justice et le Développement lors du scrutin du 25 novembre, les consultations menées par M. Benkirane jusqu'à maintenant lui ont permis de s’assurer une majorité numérique pour son gouvernement attendu, comprenant également 60 sièges pour le Parti de l’Istiqlal, 18 sièges pour le Parti du Progrès et du Socialisme et 32  sièges pour le Mouvement Populaire. Ce qui fait un total de 217 sièges, soit environ 55% du total des sièges au niveau de la Chambre des Représentants qui sont au nombre de 395 sièges.

Le Conseil national du Mouvement populaire a approuvé à l’unanimité le principe de participation au prochain gouvernement
– Le Mouvement Populaire rejoindra le gouvernement pour défendre les priorités de son programme électoral
– M. Laenser appelle le Bureau politique à jouer son rôle au niveau de l’orientation et de l’encadrement aux niveaux local et régional

Le Conseil national du Mouvement Populaire a, lors de sa session extraordinaire hier (dimanche), approuvée à l'unanimité le principe de participation au prochain gouvernement et a délégué au Bureau politique la mission d'informer les partis de l'Alliance pour la Démocratie la décision du Mouvement Populaire de quitter cette alliance.

A l’ouverture des travaux de cette session extraordinaire du Conseil national, M. Mohand Laenser, Secrétaire Général du Mouvement Populaire, a salué l’ambiance générale qui a marqué globalement l’opération électorale, affirmant que les élections du 25 novembre se sont déroulées dans une ambiance satisfaisante eu égard au nombre réduit des plaintes enregistrées et au fait que les observateurs internationaux et nationaux n’ont pas relevé de violations électorales à grande échelle.

Le Parti du Progrès et du Socialisme décide de participer au prochain gouvernement

Le Secrétaire Général du Parti du Progrès et du Socialisme, M. Nabil Benabdellah, a affirmé, samedi dernier à Salé, que la décision de participation du parti au prochain gouvernement présidé par M. Abdelilah Benkirane, Secrétaire Général du Parti de la Justice et du Développement découle de la volonté de « poursuivre le processus de réforme, de consacrer la démocratie dans le pays et de veiller à la bonne mise en œuvre du contenu de la nouvelle constitution ».

Dans une déclaration à la presse à l’issue de l'approbation par le Comité central du parti à une large majorité du principe de participation au nouveau gouvernement, M. Benabdellah a souligné que cette décision intervient également « en réponse à l’appel de la Patrie et à l’appel du peuple qui a voté en faveur d’une nouvelle expérience qui nous permettra de satisfaire les revendications urgentes exprimées auparavant par ce peuple ».

M. Benabdellah a ajouté que les membres du Comité central ont fait part de leurs préoccupations et de leur inquiétude au sujet de cette participation, affirmant «  nous sommes compréhensifs de ces appréhensions ».  Tout en reconnaissant que des membres du Comité central ont voté contre cette participation, M. Benabdellah a indiqué que la grande majorité du Comité central a adopté la position du soutien ».

M. Benabdallah a veillé à souligner que « le parti restera attaché à son identité et qu’il demeurera un fervent défenseur des libertés, de l'égalité et du projet sociétal moderniste auquel nous croyons et qui est fondée sur la garantie de la justice sociale et de la dignité pour tous les citoyennes et les citoyens.

Il est à noter que le Bureau politique du parti du Mouvement Populaire a voté à l'unanimité en faveur du principe de la participation au prochain gouvernement, alors que le parti de l'Union Socialiste des Forces Populaires a décidé de ne pas participer à ce gouvernement et à se positionner dans l'opposition.

Dans une interview avec la chaîne de télévision « Al Jazeera »
– M. Benkirane : le dossier social sera au premier rang des priorités du prochain gouvernement
– « Le Mouvement Populaire et le Parti de la Justice et du Développement étaient un seul parti et leurs relations sont très intimes »

Le Chef de gouvernement désigné, M. Abdelilah Benkirane, a souligné que le dossier social sera au premier rang des priorités du prochain gouvernement. M. Benkirane, qui était l'invité de l’émission « Likaâ Khass » (rencontre spéciale) qui a été diffusée jeudi dernier sur la chaîne de télévision « Al Jazeera », a défini les priorités du dossier social dans cinq secteurs clés, à savoir la justice, l’enseignement, la santé, l’emploi et l’habitat, exprimant l'espoir de réaliser quelques résultats positifs à court terme.

Concernant les consultations qu’il a menées jusqu’à maintenant avec certains partis politiques en vue de former le prochain gouvernement, le Chef de gouvernement désigné et le Secrétaire Général du Parti de la Justice et du Développement a indiqué que ces consultations ont été menées avec cinq partis, en l’occurrence le Parti de l'Istiqlal, l'Union Socialiste des Forces Populaires, le Parti du Progrès et du Socialisme, le Mouvement Populaire et l'Union Constitutionnelle.

M. Benkirane a affirmé « nos penchants pour la Koutla démocratique nous ne l’avons pas annoncé après les élections, mais nous l'avons fait depuis fort longtemps. Cela est normal étant donné la similitude des conditions de naissance et les relations que nous entretenons avec ces partis », ajoutant que le Parti de la Justice et du Développement a reçu de la Koutla des signaux positifs avant les élections ; lesquels signaux ont été confirmées après l'annonce des résultats.

S’agissant du Mouvement Populaire, M. Benkirane a souligné que le Mouvement Populaire et le Parti de la Justice et du Développement ont été un seul parti, car les deux fondateurs du Mouvement Populaire sont MM. Abdelkrim Al-Khatib et Mahjoubi Aheradane, ce qui rend les relations entre les deux partis très intimes malgré certains différends.

Concernant le parti de l'Union Constitutionnelle, M. Benkirane a affirmé « j'ai contacté ce parti et il y aura d'autres rencontres ».

A cet égard, M. Benkirane n'a pas manqué de mettre l'accent sur l'approche participative adoptée en matière de gestion de structuration du gouvernement et de répartition des portefeuilles ministériels, notant qu'il pourra choisir d’anciens ministres pour participer au prochain gouvernement, pourvu que ces membres se prévalent des critères de compétence et d’aptitude d'accomplir leurs missions au mieux.

M. Benkirane a ajouté que le Maroc, qui vit l’étape de consolidation de la démocratie et de son assainissement de ce qui l’a entachée par le passé, chose sur laquelle il y a un consensus aujourd'hui, a accomplis des progrès très importants sur le plan démocratique, surtout après le Discours Royal du 9 mars et après l'adoption de la nouvelle constitution et la tenue des élections du 25 novembre qui se sont déroulées dans une ambiance honnête et ont été saluées.

D'autre part, M. Benkirane a exprimé sa volonté de dialoguer avec le mouvement du 20 février, soulignant que « leurs revendications seraient acceptables si elles sont possibles, dans l'intérêt du pays, et respectent les institutions du pays ».

S’agissant des relations maroco-algériennes, le Chef de gouvernement désigné a souligné l'importance des relations fraternelles qui unissent les deux peuples marocain et algérien, indiquant que l'histoire condamne les deux pays à établir les meilleures relations et exprimant à cet égard l’espoir d’ouvrir la frontière entre les deux pays.

Concernant la situation en Syrie, M. Benkirane a déclaré que le régime dans ce pays « ne s’est pas gardé une ligne de retrait », exprimant son espoir d’une éclaircie de l’atmosphère dans les plus brefs délais.