Programme social

Le programme social

Premièrement : le développement humain, la durabilité et la régionalisation élargie

Malgré les efforts déployés par le Maroc sur le plan des politiques publiques et sur le plan de la mobilisation d’importantes ressources financières pour les questions sociales, les indicateurs d’analphabétisme, de pauvreté, de couverture médicale et de vulnérabilité demeurent toujours en deçà du niveau escompté.

Des secteurs ont certes enregistré une progression relative, à savoir notamment l’électrification, le désenclavement du monde rural, l’approvisionnement en eau potable et la lutte contre l’habitat insalubre, engendrant ainsi une amélioration notable du niveau de vie.

Malgré ces progrès, le Mouvement Populaire considère que les questions sociales constituent encore le principal obstacle devant la réussite des projets de développement économique ; car une société dont une partie est inculte ou pauvre ne saurait contribuer à la création de richesses et être un acteur agissant dans l’impulsion de la dynamique économique et de la réalisation de l’essor qualitatif tant souhaités.

L’adoption de l’approche du développement humain, au lieu de l’assistance sociale qui engendre le suivisme et consacre la pauvreté et la marginalisation, constitue une orientation stratégique dans laquelle s’est inscrit le Mouvement Populaire dès l’annonce de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH).

Cependant, le développement humain requiert une vision intégrée des questions de développement qui n’omet aucune dimension : infrastructures, renforcement des capacités, formation et consolidation des compétences, bonne gouvernance, amélioration des revenus et consécration de l’équité notamment sur le plan du genre.

Le développement humain requiert également l’adoption d’une approche précise, qui cible des espaces et des conglomérats définis et essaye d’induire le changement au niveau de l’individu et au niveau des groupes qu’ils soient horizontaux (communes, zones, douars, villages, quartiers, etc.) ou verticaux (jeunes, femmes, agriculteurs, etc.). Ce qui nécessite aussi d’articuler les actions sur la base de découpages territoriaux différenciés selon la nature des activités programmées : la formation et le renforcement des capacités pourraient être déployés au niveau de structures micro-territoriales, alors que la réussite de l’animation économique n’est possible que dans le cadre d’espaces plus larges et dont les éléments sont complémentaires dans leurs relations les uns aux autres.

La gouvernance est essentielle sur le plan social, s’agissant aussi bien des questions de gestion des institutions de la société civile que de la gouvernance des instances locales élues, à savoir les communes, les conseils provinciaux et régionaux et autres.

La gouvernance ne se confine pas uniquement à veiller à la transparence en matière de planification et de gestion et à la mise en place de mécanismes de reddition des comptes devant les citoyens et la société civile, mais a trait également à l’amélioration des capacités des acteurs locaux en matière de plaidoyer, de participation et de reddition des comptes.

Le Mouvement Populaire considère que le projet de régionalisation auquel a appelé Sa Majesté le Roi constitue un chantier important, qui est de nature à imprimer une forte impulsion à la question de la gouvernance et de la gestion directe de la chose locale. Ce chantier est à même de consolider le processus de démocratisation, en dotant les populations au niveau de régions (complémentaires et viables économiquement, culturellement et écologiquement) des pleins pouvoirs en matière de planification, de gestion et d’évaluation, et de garantir une participation plus large et une reddition des comptes plus efficace par la population, la société civile et le secteur privé.

La régionalisation élargie serait également un moyen pour gérer de manière plus efficace et plus diligente des questions sociales fondamentales, telles l’éducation, la formation, la santé et les infrastructures.

Le Mouvement Populaire considère qu’il est nécessaire d’approcher le chantier de la régionalisation d’une manière qui garantisse le renforcement et la consolidation des capacités des régions qui ne disposent pas de potentialités humaines et ce, avant de leur transférer des attributions, afin de s’assurer d’une satisfaction meilleure des besoins des populations, ou du moins s’assurer de la continuité des services rendus pendant la phase transitoire.

Enfin, le Mouvement Populaire considère que la durabilité est essentielle dans toute politique publique sur le plan social. La durabilité a deux sens : le premier sens vise à garantir la continuité des programmes, à travers leur appropriation par des parties ayant la capacité d’assurer leur gestion et financement ; le deuxième sens consiste en le fait que toute activité sociale ne devrait pas affecter la capacité de résistance de l’environnement, garantir que les ressources soient renouvelables et n’avoir aucun impact négatif sur l’environnement et les ressources naturelles. Le développement n’est véritablement humain que s’il est durable et que sa pérennité est garantie jusqu’à la réalisation de ses objectifs.

Deuxièmement : les orientations sociales stratégiques

1- Le monde rural :

Le Mouvement Populaire considère que le développement du monde rural constitue un impératif stratégique et un défi que nous devrions relever si nous avons la volonté de pallier le gap flagrant existant entre la ville et la campagne et transcender la dualité d’un Maroc évoluant à deux rythmes.

Certains affirment qu’il est impossible de garantir la pérennité de l’investissement dans le monde rural, en termes d’infrastructures, de services de base et d’unités de production, tant que la campagne continue à souffrir d’une hémorragie de ses richesses humaines, qu’elles soient instruites ou illettrées, sans lesquelles il serait impossible de garantir l’un des piliers de l’équation de production, à savoir l’élément humain.

Par ailleurs, une autre opinion affirme que la tendance générale au niveau du Maroc et au niveau mondial est favorable à l’exode vers la ville et que cette tendance ne saurait être jugulée par un quelconque développement, quel qu’en soit le degré de réussite en matière de création de richesses et de garantie d’accès à l’enseignement, à la santé, à l’administration et aux moyens de consommation.

Ces opinions sont fondées sur le postulat que l’investissement dans le monde rural a pour objectif d’inciter les citoyens à ne pas immigrer vers la ville. Or, ce postulat sous-entend que le monde rural est une source de problèmes, nécessitant une intervention pour en limiter le fardeau sur la ville et l’Etat.

Placer la ville et l’Etat du même côté de la balance réduit le monde rural à un espace rebelle, une sorte de « nouvelle anarchie » qu’il faudrait traiter avec prudence et scepticisme, voie combattre. C’est pour cela que l’approche du monde rural a été toujours dictée par le souci de se préserver contre ses maux, en particulier l’exode rural et le suivisme économique.

Le Mouvement Populaire considère que le monde rural ne souffre pas uniquement de cette discrimination, mais également de l’enclavement, de la faiblesse de l’investissement, de l’absence de services et de la faiblesse du tissu économique, qui contraignent de nombreuses personnes à le quitter. A cela s’ajoute le fait que le système éducatif actuel reflète des valeurs culturelles ayant pour référents les pratiques et les concepts d’une classe sociale moyenne citadine, qui ont été rehaussés à un niveau normatif, c’est-à-dire valables pour tout espace, qu’il soit rural ou urbain.

Historiquement, c’est la ville qui était dépendante de la campagne sur le plan politique (hégémonie du régime caïdal), économique (l’agriculture et le commerce ont constitué durant des siècles le socle de l’économie marocaine), idéologique (rôle des zaouïas et des mouvements réformistes).

Actuellement, on pourrait affirmer qu’un terme a été mis au rôle fort de la campagne avec la montée de l’idéologie nationaliste aux origines bourgeoises, notamment durant la phase d’indépendance. La puissance politique et idéologique, acquise par une catégorie citadine instruite durant les années 40 et 50 du siècle dernier, a fait que la ville a été placée au premier rang des priorités des gouvernements d’après l’indépendance, malgré la résistance opposée par le Makhzen à cette tendance.

L’alliance du Trône avec la campagne et la tentative de reproduction des structures, discours et idéologies classiques, dont le Mouvement Populaire était l’une des parties prenantes, est une tentative de lutter contre le courant bourgeois avec ses expressions nationalistes, qui a eu pour théâtre la ville.

L’alliance du Makhzen avec les campagnes contre la classe nationaliste citadine a engendré une sorte d’équilibre, qui s’est avéré fragile par la suite, car le courant nationaliste a acquis une légitimité populaire dans le contexte des évènements internationaux et régionaux, parce que l’enseignement et la modernisation ont toujours placé la ville dans un statut de privilégiée et vu que le rôle de l’élite rurale s’effritait peu à peu, en raison des changements sociologiques qui ont fait implosé les tribus et de l’exode rural qui a causé une hémorragie dans ses structures humaines.

L’hégémonie imposée par l’idéologie nationaliste et la classe moyenne dans les rouages de production de la culture et des valeurs (notamment à travers les programmes scolaires, médiatiques, de culturation et de sensibilisation) a fait revêtir une valeur positive à l’espace urbain et une valeur péjorative au monde rural. En effet, le capital symbolique  de la ville est devenu hégémonique et a acquis un rôle normatif, imposant aux ruraux de consentir des efforts sur le plan de la langue, des valeurs et de la culture pour accéder à l’échelle de la promotion sociale. Le processus d’« urbanisation » des élites rurales n’a d’égal que la persévérance de ces élites à reproduire les éléments de l’espace urbain dans la campagne, à travers l’action associative menée actuellement par les ruraux.  A cela s’ajoute l’ambigüité qui caractérise désormais la relation du pouvoir avec la nouvelle génération instruite et l’ancienne génération illettrée dans la campagne.

Le Mouvement Populaire considère que l’enseignement a apporté une autorité morale, matérielle et symbolique à la génération instruite, inversant les termes de la relation de suivisme entre les générations, faisant revêtir à la culture urbaine écrite une dimension autoritaire, qui a confiné la culture rurale classique et orale dans une position défensive. Ce qui signifie que le sous-développement ou le retard de l’espace rural est un processus historique complexe, et non pas un processus naturel qui a abouti de manière aléatoire. La responsabilité, historique et politique, incombe à tous, notamment les élites urbaines et rurales. Pour le Mouvement Populaire, cette responsabilité requiert la révision de l’approche que nous avons adoptée jusqu’ici (aspect politique) et la réhabilitation de la culture rurale et de l’espace rural (considérant éthique).

L’opportunité économique que constitue notre campagne devrait être le postulat de base de toute approche efficiente du monde rural. Du point de vue du Mouvement Populaire, la vision économique nous permet d’appréhender le monde rural comme une opportunité et non comme un problème, comme une valeur ajoutée et non comme un mal incontournable, comme un espace vital et non comme un réduit de suivisme et de marginalisation.

Le Mouvement Populaire considère que parmi les règles sur lesquelles on devrait fonder une nouvelle vision du monde rural, le fait que les grandes disparités existant entre la ville et les campagnes impactent négativement et inhibent le développement réalisé par divers secteurs de l’économie nationale.

Une autre règle essentielle consiste en le fait que l’espace rural regorge de nouvelles potentialités de développement, qui sont soit méconnues soit non exploitées de manière rationnelle et durable. Sous cet angle, le coût économique de l’absence d’investissement en milieu rural a trait à son impact négatif sur d’autres secteurs au profit desquels de grands efforts ont été déployés, et au manque à gagner que subit le Maroc en raison de l’absence d’une bonne évaluation des potentialités du monde rural.

Le Mouvement Populaire propose l’élaboration d’un plan d’urgence pour promouvoir le monde rural. Les mesures urgentes, inscrites dans ce plan, portent sur le renforcement de la capacité d’intervention du Fonds de Développement Rural sur le plan financier, la mise en place de mécanismes appropriés de financement du monde rural, la modernisation et la diversification de l’agriculture, l’organisation des agriculteurs dans le cadre d’entreprises et de coopératives, l’amélioration de l’encadrement technique des agriculteurs en vue d’améliorer la productivité, l’élaboration d’un plan national de formation dans le monde rural, la promotion de la création de foyers ruraux pour la formation, la mise en place d’agropoles pour la commercialisation aux niveaux régional et local, l’encouragement des petites entreprises dans le domaine de l’énergie, la promotion des activités génératrices de revenus à travers le soutien de la production et de la commercialisation du produit local d’artisanat et d’agriculture, l’institution d’une exploitation rationnelle des ressources naturelles, à savoir notamment l’eau et la forêt, et, enfin, la création de pôles économiques compétitifs au niveau régional.

Le Mouvement Populaire considère que le monde rural est l’un des chaînons manquants dans le processus de développement social et économique escompté. Le recouvrement de ce chaînon constitue essentiellement un impératif économique : il offre au Maroc une opportunité pour exploiter ses potentialités naturelles, humaines et culturelles dont regorge la campagne. C’est l’opportunité offerte au Maroc du XXIe siècle et c’est une opportunité dont l’importance n’est pas moindre que la position stratégique du Maroc, ses atouts touristiques et ses côtes balnéaires.

2- L’économie sociale :

L’économie sociale est un nouveau concept intimement lié au développement humain et aux politiques de lutte contre la pauvreté. L’économie sociale vise à l’impulsion de dynamiques dans les zones démunies et enclavées, à même d’animer les petits métiers et les activités micro-économiques en vue d’améliorer les revenus des femmes, des pauvres, des jeunes, des démunis et d’autres.

L’économie sociale transcende le modèle de suivisme et d’assistanat, engendré par les politiques de lutte contre la pauvreté menées durant les dernières décennies, pour adopter un modèle fondé sur l’autonomie, l’initiative privée, la dynamique du marché et le principe de l’offre et la demande.

Le Mouvement Populaire considère que l’économie sociale ne saurait se développer et devenir un pilier essentiel que si les conditions essentielles suivantes sont satisfaites :

  • L’analyse des potentialités économiques de chaque zone et la création de filières de production et de commercialisation complémentaires entre elles ;
  • La création de liens solides entre l’économie sociale et les rouages de l’économie sociale et internationale, sur la base de la complémentarité ;
  • La promotion et la diversification des moyens de financement de l’économie sociale à travers les microcrédits et autres ;
  • Le renforcement des capacités des coopératives et des associations à buts lucratifs et économiques ;
  • L’amélioration de la gouvernance des coopératives et des associations à buts économiques.

Ainsi, le Mouvement Populaire propose :

  • La révision des programmes de microcrédits pour qu’ils ne soient pas détournés vers le financement de besoins de consommation pouvant engendrer la paupérisation de plusieurs catégories ;
  • La mise en place d’un programme national de renforcement des capacités des coopératives productives, notamment au niveau de la production et de la commercialisation, etc. ;
  • La révision de la politique des activités génératrices de revenus, en les intégrant dans l’économie de marché et la dynamique de l’offre, de la demande et de la qualité, tout en mettant l’accent sur les aspects de marketing et de commercialisation ;
  • L’impulsion d’une nouvelle dynamique au programme de création de micro-entreprises, à travers la formation, le suivi, l’analyse des atouts économiques au niveau régional et micro-territorial ;
  • La création d’un fonds national pour le soutien de l’économie sociale, en particulier les coopératives, les activités génératrices de revenus, les micro-entreprises et les microcrédits.

3- Le genre :

Le Mouvement Populaire considère que malgré l’entrée en vigueur du nouveau Code de la Famille, une grande partie des Marocains n’ont pas encore saisi les contenus de ce code, visant à renforcer l’équité, l’égalité et l’égalité des chances.

Le Mouvement Populaire considère que le genre est un concept qui nous aide dans la planification, la gestion et l’institution d’une politique basée sur le rejet de l’exclusion de quiconque, qu’il soit homme ou femme, pour la seule raison qu’il est homme ou femme.

Au cas où on aurait refusé à un enfant d’intégrer une école, non en raison de la non-disponibilité d’une place ou qu’il n’a pas la moyenne requise, mais parce qu’il est de sexe masculin, et au cas où la candidature d’une femme à une fonction définie ou à un poste de responsabilité défini aurait été rejetée, non pas parce qu’elle ne disposait pas des compétences nécessaires, mais parce qu’elle est femme, le concept de genre nous permet d’affirmer, dans ces cas, que cette discrimination est en contradiction avec le principe de l’égalité et de l’égalité des chances.

Si une école a décidé d’organiser une excursion, mais qu’elle a conditionné la participation à cette excursion à la maîtrise du football, cela implique une exclusion implicite des jeunes filles, parce qu’elles ne pratiquent pas ce jeu aussi régulièrement que les jeunes garçons. Le genre nous permet donc de considérer que cet acte constitue une exclusion latente et nous permet, par conséquent, d’y remédier.

Si une politique de financement des initiatives individuelles génératrices de revenus pose comme conditions la production par le candidat ou le candidate de documents dont ne disposeraient habituellement que les hommes, comme le compte bancaire, les titres de propriété et le livret d’état civil, le genre nous permettrait d’affirmer dans ce cas qu’il s’agit d’une exclusion structurelle (ou latente) de la femme. Ainsi, et pour y remédier il serait recommandé de solliciter des gages personnels ou oraux que la femme pourrait facilement produire.

Le Mouvement Populaire considère que le genre constitue un mécanisme analytique qui nous aide à faire prévaloir le principe de l’égalité des chances, c’est-à-dire à lever les obstacles qui entravent l’accès de la femme ou de l’homme aux crédits, aux fonctions, à l’aide matérielle, au développement, à l’enseignement, à la santé, au travail ou à la participation. Il s’agit d’obstacles qui n’ont aucun lien avec la compétence, l’expérience ou le besoin ; des obstacles qui excluent l’homme parce qu’il est un mâle ou la femme parce qu’elle est une femelle, ou excluent l’un d’eux sur la base de représentations de son rôle au sein de la société, de la famille, du travail ou autre.

Ces obstacles peuvent être directs, comme c’est le cas de l’existence de lois qui interdisent à l’homme et à la femme d’exercer un travail ou une activité. Ces obstacles peuvent être indirects, lorsque l’exclusion est de fait quand l’une des deux parties n’est pas prise en compte lors de la planification, de la gestion ou de la construction. Si une école est construite dans la campagne sans y prévoir de sanitaires, cet oubli exclut les jeunes filles beaucoup plus que les jeunes garçons, car les jeunes filles trouvent plus de gêne à utiliser les terrains vagues comme des sanitaires. Si on se suffit de construire des sanitaires appropriés aux garçons et non aux filles, il s’agit dans ce cas d’une sorte d’exclusion implicite.

Ainsi, le Mouvement Populaire considère que le genre concerne la femme et l’homme ensemble, et non l’un d’entre eux contre l’autre ou à la place de l’autre. Auparavant, les femmes étaient considérées comme composant un secteur social, à l’instar de des secteurs de l’enfance, de la jeunesse et des ouvriers. Malgré son utilité, cette classification recelait une certaine injustice, car il rendait marginales les questions de la femme et ignorait les questions de l’homme.

Le genre est une approche globale qui concerne la femme et l’homme, puisque les critères de choix deviennent désormais l’aptitude, la capacité et le besoin, et non la différence biologique ou la différence des rôles.

Le Maroc a décidé d’instituer le système de quota, en vue de promouvoir l’intégration de la femme dans la politique et le Parlement, dans le cadre de ce qui est appelé une discrimination positive. Malgré sa contradiction avec l’esprit de l’égalité des chances, prônée par l’approche du genre, cette action tente de remédier à une injustice historique et à une exclusion qui a duré longtemps et a engendré une sorte d’incapacité chez la femme marocaine, au point où elle a désormais besoin d’un soutien de ce genre. De ce fait, un large débat a été ouvert pour examiner si le quota était en phase ou en contradiction avec l’esprit du genre et de l’égalité des chances. Or, il est à souligner que le quota tente d’instituer une sorte de justice sociale à l’égard de la femme qui était exclue par le passé, pour qu’elle puisse s’exercer et acquérir les expériences et les capacités, devenues naturelles chez ceux qui n’étaient pas exclus auparavant.

Supposons que des enfants noirs, juifs, arabes, amazighs ou musulmans ont été exclus du système d’enseignement pendant une longue période, rien que pour la couleur de leur peau, leur sexe, leur langue ou leur religion, et que par la suite, un concours ait été organisé à leur bénéfice pour intégrer le système éducatif. Il est certain qu’ils rencontreront de grandes difficultés dans leur apprentissage au sein de classes comprenant également des enfants qui n’ont pas été exclus auparavant. Ainsi, il serait pertinent et éthique d’accorder à ces enfants certains privilèges et du soutien pour les aider à s’intégrer davantage ; lesquels privilèges pourraient paraitre comme étant en contradiction avec l’esprit de l’égalité et de l’égalité des chances, mais constitueraient le degré suprême de la justice sociale d’un point de vue éthique. Le Mouvement Populaire considère qu’il en est de même pour le système du quota s’agissant de la participation des femmes dans la politique.

Ainsi, le Mouvement Populaire considère que le genre constitue un mécanisme d’analyse qui vise à consacrer l’une des valeurs essentielles dans la culture marocaine, à savoir l’équité, qui n’est ignorée que par ceux qui tirent profit de la situation d’inégalité et d’hégémonie, basées sur des disparités sociales et considérées par certains comme étant naturelles, mais qui sont en réalité foncièrement historiques, c’est-à-dire consacrés durant des années par les êtres humains eux-mêmes.

4- La jeunesse :

A l’instar de nombreux pays de la région, le Maroc est caractérisé par la présence d’une large catégorie de jeunes dans les zones urbaines et périurbaines, ainsi qu’au niveau du monde rural ; laquelle catégorie constitue la plus grande base démographique parmi les catégories d’âge au Maroc.

Les jeunes sont confrontés au Maroc à un grand défi s’agissant de leur intégration en vue de jouer des rôles productifs dans la société et ce, en raison de la disparité structurelle entre les programmes et les cursus éducatifs actuels et les besoins en ressources humaines des secteurs privé et public ; lesquels besoins enregistrent un changement et une évolution continuels.

La génération des jeunes d’aujourd’hui a souffert des conditions d’habitat insalubre et d’un environnement scolaire défavorable et non incitatif à l’apprentissage, et a accompagné les tergiversations des parents, qui basculaient entre des choix difficiles : celui d’honorer tous les engagements patents et latents qui ont trait à la scolarisation (adhésions, frais d’inscription, coût des livres et des fournitures scolaires), d’une part, et celui d’assurer une vie digne à la famille, d’autre part.

Le Mouvement Populaire considère que tant que les horizons de l’emploi dans le secteur formel demeureront hermétiques à nos jeunes quand ils termineront leurs études, notamment pour ceux qui quittent l’école à un âge précoce, de jeunes marocains lutteront pour se créer des opportunités alternatives, à travers le travail informel, le micro auto-emploi ou à travers des tentatives interminables pour décrocher un emploi. De ce fait, ces jeunes demeureront en marge de l’emploi légal et formel et exposés à l’harcèlement, à l’exploitation et au découragement.

Certains de nos jeunes, qui ont saisi l’opportunité de l’essor des initiatives de la société civile et de son développement, ont adhéré à des partis politiques et à des associations pour exprimer leurs opinions et garantir que leurs aspirations soient prises en considération. Mais, nombreux sont ceux qui ont senti qu’ils ont été délaissés par la société et l’Etat, d’autant plus qu’ils sont perçus comme ayant échoué dans leurs efforts visant à s’intégrer dans la vie sociale, économique et politique. Par conséquent, une partie d’entre eux se sont retrouvés au bord de la mutation de la marginalisation vers le mécontentement, le ressentiment et l’aversion ; une mutation fort significative puisqu’elle traduit le fait qu’ils perdent tout espoir dans l’avenir, se retrouvent totalement déconnectés des institutions et de la société civile et perdent confiance dans leur capacité à s’offrir des opportunités de créativité, d’aventure positive et de développement, ce qui les poussent à recourir à des aventures négatives, telles la criminalité, la violence et l’extrémisme religieux.

Le parti du Mouvement Populaire propose d’adopter une approche intégrée, dans laquelle s’impliqueraient des secteurs divers, en vue de lutter contre le danger du mécontentement d’un grand nombre de jeunes et sa reconversion vers des attitudes malsaines qui menaceraient son avenir et la sécurité du pays.

Ainsi, le Mouvement Populaire propose l’élaboration d’une stratégie nationale à long terme ciblant les jeunes, qui prend en considération les questions suivantes :

  • L’impératif de concilier entre le soutien aux maisons des jeunes et la satisfaction des demandes des jeunes marginalisés qui ne fréquentent pas les maisons de jeunes ;
  • L’accès aux jeunes marginalisés dans l’environnement et les espaces dans lesquels ils vivent quotidiennement ;
  • L’accompagnement des jeunes pour qu’ils puissent saisir les opportunités qui leur sont offertes quotidiennement dans leur environnement ;
  • La conciliation entre la participation des jeunes et l’amélioration de leurs conditions de vie ;
  • L’incitation de nombreux partenaires, notamment la société civile, les maisons de jeunes, l’Initiative Nationale pour le Développement Humain et l’Entraide Nationale, à transcender l’approche de prestation des services de manière directe, pour jouer le rôle de coordination et de contrôle ;
  • La mise en réseau des partenaires internationaux et nationaux, des espaces, des structures et des institutions qui ciblent les jeunes ;
  • Le renforcement de la capacité des partenaires à piloter des programmes ciblant les jeunes ;
  • Le renforcement des relations avec les nouvelles sources de financement dans le secteur de la jeunesse (l’Agence Américaine pour le Développement, la Banque Mondiale, l’Union Européenne, les Nations-Unies, les pays du Golfe, etc.) ;
  • La focalisation sur les efforts qui visent à l’élaboration de politiques de jeunesses harmonieuses sur les plans national, régional et local ;
  • L’élaboration d’approches pour le ciblage des jeunes, axées sur des espaces multiples et divers : la maison des jeunes, les sports de plage, le sport de quartier, les cybercafés, les clubs d’associations ;
  • La focalisation sur la formation et l’apprentissage dans des domaines pratiques qui renforcent l’employabilité des jeunes ;
  • L’élaboration de programmes basés sur le concept de sport pour le développement.

Troisièmement : les secteurs sociaux de base

1- La santé

Malgré les efforts déployés par le Marocain dans le domaine de la santé, certains indicateurs sanitaires demeurent encore en-deçà du niveau souhaité, comme les taux de mortalité maternelle et infantile, la détérioration du niveau de la couverture sanitaire, les disparités entre les milieux urbain et rural et entre les catégories sociales aisées et démunies, ainsi que la complexité du système sanitaire et de ses moyens de financement.

Le slogan « La santé pour tous », prôné par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) depuis les années 8o du siècle dernier, demeure un objectif à réaliser, à travers l’institution d’un système sanitaire évolutif, lié à la réalisation d’un développement global et intégré dans le domaine économique et social et ayant pour objectif la mise à niveau du secteur de la santé, grâce à des réformes radicales et profondes, qui prennent en considération la volonté politique annoncée par le Maroc en faveur de l’édification d’une société démocratique et solidaire et ce, conformément à ses engagements internationaux.

Toute réforme du système sanitaire devrait prendre en considération la consécration des options démocratiques et des droits de l’Homme, la consolidation de la décentralisation et de la déconcentration, et une large implication de tous les secteurs économiques et sociaux, publics et privés, ainsi que des acteurs de la société civile.

Le diagnostic de la situation sanitaire au Maroc a révélé des déficits et des dysfonctionnements qui entravent le développement de ce secteur et qui peuvent être synthétisés dans ce qui suit :

  • L’augmentation des taux de mortalité maternelle et infantile, notamment dans le monde rural ;
  • La faiblesse des services ayant trait à la santé de la mère et de l’enfant en milieu rural, en termes de contrôle médicale de l’accouchement et de généralisation de la vaccination ;
  • La faiblesse du financement du secteur de la santé, en l’absence d’une assurance sanitaire obligatoire, qui ne dépasse guère 5% du Produit Intérieur Brut. La principale source de financement de ce secteur demeure ainsi la contribution directe des familles, qui dépasse 50% et représente le double du budget du Ministère de la Santé, qui ne dépasse pas 1,5% du  Produit Intérieur Brut ;
  • La faiblesse et l’utilisation non-optimale des ressources humaines, des infrastructures hospitalières et des équipements. Le Mouvement Populaire espère que le plan stratégique mis en place par le Ministère contribuerait à la réduction des disparités entre les régions et entre les milieux urbain et rural ;
  • La faiblesse de la garantie de la sécurité sanitaire, tant sur le plan du contrôle sanitaire relatif aux épidémies que sur le plan de la protection contre les radiations ioniques ;
  • La défectuosité et l’inadaptation de certains textes juridiques avec le système sanitaire, notamment en ce qui concerne certains programmes sanitaires (l’organisation hospitalière, les urgences, le code déontologique, le système pharmaceutique, etc.) et ce, eu égard aux évolutions et aux réformes économiques et sociales que connait le Maroc ;
  • Une modestie dans le domaine du développement et de la recherche scientifique, en particulier dans les secteurs de la santé et de l’urbanisme.

Le Mouvement Populaire considère que tous ces facteurs requièrent des réformes radicales visant à pallier les déficits relevés au niveau des indicateurs sanitaires et des indicateurs de développement humain et urbanistique, eu égard aux changements démographiques, épidémiologiques et technologiques et ce, à travers :

  • Le renforcement de la sensibilisation sanitaire ;
  • L’institution d’une couverture sanitaire équitable et de services médicaux de qualité, qui prennent en considération le développement de la connaissance, l’encouragement des techniques médicales modernes et la lutte contre les répercussions de la mondialisation ;
  • L’amélioration des capacités professionnelles des employés du secteur de la santé, à travers la mise en place d’un système national de gestion des ressources humaines de manière scientifique et rationnelle, qui incite à relever les défis et à concrétiser le slogan « La santé pour tous » ;
  • La révision et le renforcement des programmes sanitaires de base, des programmes de lutte contre les maladies et les épidémies et des programmes relatifs aux affections de longue durée ;
  • La réduction des taux de mortalité maternelle et infantile à l’accouchement, la généralisation de la vaccination contre les maladies infantiles, l’intensification du diagnostic médical prénatal, l’éradication des maladies infectieuses, la prise en charge des malades souffrant d’une insuffisance rénale chronique (hémodialyse, greffe de rein, etc.) et des maladies cardio-vasculaires et de la sous-alimentation, etc. ;
  • Le renforcement et la généralisation de la couverture sanitaire ;
  • La mise à niveau des établissements hospitaliers publics, tout en garantissant l’autonomie morale et financière dans leur gestion et administration, dans le cadre de plans régionaux, provinciaux et locaux complémentaires ;
  • La consolidation et la mise à niveau des établissements dispensant des soins sanitaires de base et des unités mobiles dans le monde rural ;
  • Le soutien des établissements hospitaliers avec les moyens logistiques, veiller à leur entretien et à les doter de cadres compétents ;
  • La mise à niveau du réseau des laboratoires sanitaires publics ;
  • L’élaboration d’une politique du médicament et la mise en place d’une industrie pharmaceutique en phase avec les évolutions que connait le secteur, à travers :
    • L’incitation à l’investissement dans le secteur pharmacologique, tout en veillant au respect des lois régissant le secteur et à la mise à niveau des établissements industriels ;
    • La consolidation de l’expertise marocaine de contrôle des médicaments et l’incitation au recours aux médicaments génériques ;
  • L’amélioration du financement du secteur sanitaire, l’adoption du principe de solidarité et de mutualité et œuvrer à la mise en œuvre du code de couverture sanitaire de base et du système de soutien médical et ce, à travers :
    • la gestion rationnelle des ressources financières disponibles, l’augmentation du budget du secteur et la répartition équitable des ressources ;
    • La création d’une banque de projets dans le cadre du partenariat avec tous les intervenants dans les secteurs public et privé, les collectivités locales, la société civile, les bailleurs de fonds internationaux, etc. ;
    • L’amélioration du rendement des hôpitaux publics et leur ouverture sur les établissements hospitaliers privés ;
    • Le renforcement et la consolidation du partenariat et de la coopération avec tous les acteurs intervenants, notamment les collectivités locales, le secteur privé, les associations de la société civile, les institutions de coopération internationale ;
    • La gestion optimale des ressources financières et humaines ;
    • L’amélioration de la gestion financière, à travers l’adoption d’une approche transparente des marchés publics, le renforcement de la gestion déléguée de certains services spécialisés, la décentralisation financière des projets, etc. ;
  • La formation dans le domaine sanitaire, en fonction des besoins futurs et des nouvelles évolutions qu’enregistre continuellement le secteur, en vue de rehausser la qualité de la formation et des services dispensés et de développer la formation continue de tous les employés dans le secteur, dont notamment les cadres médicaux, paramédicaux, administratifs et techniques ;
  • Le renforcement et le développement de la recherche scientifique dans le domaine sanitaire au niveau de tous les établissements d’enseignement médical et paramédical, des instituts, des institutions et des laboratoires médicaux et ce, à travers la mise en œuvre d’une politique globale qui garantisse l’autonomie dans la gestion des ressources financières et humaines, et le renforcement des expertises par le biais de la formation et de la formation continue ;
  • L’adoption d’une politique régionale et décentralisée en matière de gestion et de mise à niveau du secteur sanitaire, sur la base d’un système contractuel au niveau central, ce qui garantit une répartition équitable des services sanitaires et la satisfaction des cas urgents qui adoptent le système d’assistance médicale d’urgence ;
  • La révision de l’arsenal juridique, en vue de le mettre au diapason des évolutions et des changements que connait le système sanitaire dans son ensemble et de l’adapter aux législations internationales, notamment à travers :
    • La réforme du système de financement et de la gestion des ressources humaines ;
    • La réforme hospitalière ;
    • La réforme de la politique du médicament ;
    • La réforme des programmes préventifs et de lutte contre les maladies infectieuses et les affections de longue durée.

2- L’éducation et la formation

Le Maroc s’est engagé, depuis une décennie, dans le processus de réforme du système de l’éducation et de la formation ; lequel processus a réalisé certains succès, mais a accusé un grand retard en raison de la mauvaise gestion, de la non-pleine adhésion des acteurs au processus de changement, du non-ciblage des véritables sources de dysfonctionnement, notamment la gouvernance du système, les potentialités managériales des acteurs, les compétences de l’élément humain, les normes de qualité et le rôle des acteurs concernés, à savoir les parents, le secteur privé, la société civile et les élus.

Le retard qu’a connu le processus de réforme a incité à l’adoption d’un programme d’urgence, dont les principaux éléments portent sur l’augmentation de 23% des dotations budgétaires, la définition d’objectifs relatifs à l’amélioration de l’environnement de l’école, l’investissement dans la qualité, la focalisation sur l’accès aux collèges et la motivation et la formation des employés.

Le plan d’urgence n’a pas mis l’accent sur les questions de gouvernance, de reddition des comptes, de reconsidération du système de décentralisation basé sur les Académies, qui ont fait preuve d’une grande défaillance dans la gestion de la chose éducative.

Malgré cela, le Mouvement Populaire considère que le plan d’urgence est nécessaire et qu’il est susceptible de générer le changement escompté, à condition d’accélérer le rythme de son exécution et de dépasser l’attentisme qui a marqué sa mise en œuvre depuis 2008.

§  Les entraves à la réforme :

Le processus de décentralisation, adopté à travers les Académies, n’a pas permis d’instituer une culture basée sur les résultats, et n’a pas réussi également à la mise en place de mécanismes de contrôle et d’évaluation des responsables de la chose éducative par les acteurs concernés, à savoir les parents, les élus et la société civile. La création des Académies n’a pas abouti à l’amélioration de la pertinence et de l’efficacité du système éducatif et ce, pour les raisons suivantes :

1.     La défaillance de la gouvernance du système éducatif aux niveaux national, régional, et local ;

2.    La non-adhésion des professeurs et des instituteurs au processus de réforme, ce qui a engendré une situation anormale, au sens où ceux sensés être les soldats du changement sont quasi-absents du processus de réforme ;

3.    L’élaboration de stratégies inadaptées à la réalité de l’enseignement ;

4.    La faiblesse des compétences de planification et de gestion chez les employés du secteur ;

5.    L’absence de la culture de la concrétisation à tous les niveaux ;

6.    L’absence de l’efficacité et de la bonne gouvernance s’agissant de l’utilisation des ressources financières ;

7.    La non-application des dispositions de la Charte s’agissant de la formation des acteurs ;

8.    L’indifférence vis-à-vis de la situation des écoles et des classes, dont la majorité a enregistré une grande détérioration sur le plan des équipements et des conditions de travail ;

9.    L’absence d’un système rigoureux et efficace d’amélioration de la qualité ;

10.  L’entêtement à adopter des approches et des méthodologies anachroniques, basées sur la mémorisation et la connaissance théorique ;

11.   L’absence d’investissement dans le développement des compétences et des aptitudes opérationnelles, qui renforcent l’employabilité des apprentis à leur sortie des collèges, lycées ou universités.

Le diagnostic établi par le Conseil Supérieur de l’Education et de la Formation a mis l’index sur les déficits du système éducatif, à savoir :

1.     Un système de gouvernance qui ne favorise pas la reddition des comptes ;

2.    Des professeurs mobilisés, mais travaillant dans des conditions difficiles et faisant face à de grands défis ;

3.    Un modèle pédagogique qui n’incite pas à l’innovation, à la créativité et à l’auto-apprentissage ;

4.    Des difficultés dans la mobilisation, l’adoption et la gestion des ressources financières ;

5.    L’absence de la mobilisation des parents, du secteur privé et de la société civile en faveur de l’école.

Sur la base de son diagnostic de la situation actuelle de l’enseignement et à la lumière des rapports du Conseil Supérieur de l’Education et de la Formation, le Mouvement Populaire propose ce qui suit :

  • La nécessité de déléguer aux Académies les attributions suffisantes pour planifier et assumer leurs responsabilités s’agissant des résultats de la gestion éducative ;
  • Les Académies devraient gérer leurs ressources humaines et leurs budgets de manière autonome et avoir le pouvoir de prise de décisions, nécessaire pour la mise en œuvre la réforme ;
  • Déléguer aux Académies les attributions relatives à l’élaboration de leurs budgets propres et à l’assurance d’une gestion financière performante ;
  • Déléguer aux Délégations les attributions portant sur la mise en œuvre de la réforme au niveau local et le contrôle de la gestion quotidienne du processus éducatif ;
  • L’institution d’un système de reddition des comptes à tous les niveaux du système éducatif (de l’école à l’Académie, en passant par la Délégation et l’Inspection) ;
  • La création d’une association des Académies, qui aura pour rôle de favoriser l’échange d’expériences, d’expertises et des bonnes pratiques ;
  • L’encouragement de tous les employés, à tous les niveaux, à l’utilisation des nouvelles technologies, selon leurs besoins et leurs plans d’action ;
  • La recherche de nouveaux modes pratiques pour améliorer la situation des écoles et des enseignants, notamment dans les zones rurales ;
  • La mise en place d’un système d’incitation des enseignants à exercer dans les zones rurales ;
  • La mise en place d’une stratégie rigoureuse pour l’amélioration de la qualité à tous les niveaux.

§  Au niveau des universités :

  • L’évaluation du processus de réforme éducative ;
    • L’accélération du rythme de mise en place de licences professionnelles et spécialisées ;
    • Le transfert de la gestion des ressources humaines et financières aux universités ;
    • L’institution d’un système rigoureux d’évaluation du travail des professeurs au niveau des universités ;
    • Le conditionnement de la promotion à l’évaluation, en particulier l’évaluation par les étudiants du travail des professeurs ;
    • La promotion de la recherche scientifique et l’encouragement des initiatives communes avec le secteur privé ;
    • La création d’incubateurs d’entreprises au niveau de chaque université ;
    • L’implication du secteur privé dans le processus d’enseignement, de programmation et de définition des compétences ;
    • La mise en œuvre d’une stratégie générale de diversification des ressources financières des universités ;
    • La réforme du système des bourses, en conditionnant leur octroi à la situation matérielle des étudiants et à leurs performances sur le plan éducatif ;
    • La mise en place d’institutions de financement relevant de chaque université, ayant pour mission la mobilisation des ressources financières et leur engagement pour financer les activités et les actions de l’université, en particulier le soutien financier de la recherche et des étudiants ;
    • La mise en place d’instances nationales de soutien de la recherche dans les domaines des sciences, de l’économie, des sciences humaines, des sciences sociales, de la médecine et de l’environnement.

3- L’emploi

En dépit des contraintes structurelles et malgré la crise financière et économique mondiale, le taux de chômage n’a cessé de reculer pour atteindre 9% et ce, grâce aux réformes économiques initiées au Maroc, l’amélioration relative du climat des affaires, la croissance de l’investissement public et privé et l’initiation des politiques des grands chantiers structurants.

Toutefois, le taux de chômage en milieu urbain demeure élevé (14%) et avoisine 19% dans les rangs des lauréats des universités. Ce qui implique que de grands efforts devraient être déployés en matière d’adaptation des programmes de formation, de création d’opportunités d’emploi au niveau urbain, d’amélioration radicale de l’environnement de l’entreprise, de renforcement des capacités concurrentielles des entreprises privées, de création de richesses, etc.

Le Mouvement Populaire propose la mise en œuvre de mesures d’urgence en vue d’impulser une véritable dynamique de l’emploi, en particulier dans les rangs des jeunes et en milieu urbain.

Sur le plan de la demande, le Mouvement Populaire considère qu’il est nécessaire de :

  • Réduire la pression fiscale sur les entreprises, en vue de les inciter à l’investissement et à la création d’emplois. La réduction de la pression fiscale est susceptible de contribuer à l’élargissement de l’assiette fiscale, ce qui implique que l’impact négatif sur le budget de l’Etat ne serait pas important ;
  • Améliorer le climat général des affaires, en réduisant le nombre de jours nécessaires à la création de l’entreprise, l’institution d’un délai pour la prononciation des jugements relatifs aux affaires commerciales soumises aux tribunaux, la réduction des frais d’immatriculation des sociétés et des biens fonciers et des frais de liquidation des entreprises, l’amélioration de l’accès au financement à travers la création d’un fonds relevant de Bank Al-Maghrib qui archive l’historique des particuliers et des entreprises s’agissant du payement des crédits ; cet archivage pourrait remplacer les garanties en vigueur actuellement, etc. ;
  • Accélérer le rythme d’exécution des programmes « Emergence » pour l’industrie, « Maroc Vert » pour l’agriculture et du Maroc numérique, du plan « Azur » pour le tourisme, de la stratégie énergétique et des stratégies relatives à la pêche maritime et à l’artisanat ;
  • Elaborer des plans stratégiques relatifs aux énergies renouvelables, aux industries dites « vertes » et à la mer (dans son acception globale et non seulement dans sa partie relative à la pêche) etc. ;
  • Mettre en place des banques de projets au niveau régional, administrées par les Centres Régionaux d’Investissement (CRI), en vue de mettre des projets de création de petites entreprises à la disposition des jeunes entrepreneurs ;
  • Investir dans la formation post-création de l’entreprise, en vue de garantir davantage la viabilité des petites entreprises ;
  • Créer des incubateurs d’entreprises au niveau des universités et des incubateurs de petites entreprises au niveau des lycées professionnels et techniques et des Instituts Supérieurs de Technologie Appliquée (ISTA).

Sur le plan de l’offre, le Mouvement Populaire propose de :

  • Mettre l’accent sur une adaptation meilleure de la formation avec le marché de l’emploi, à travers l’élaboration d’un plan d’action d’adaptation du système éducatif (adoption de l’entreprenariat comme matière obligatoire au niveau du lycée, renforcement de la formation professionnelle au niveau des lycées et des universités, implication des professionnels dans la formation, création de services de planification des métiers d’avenir au sein des lycées et des universités) ;
  • Créer un fonds spécial, géré par l’Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail (OFPPT), en vue de financer le plan d’action relatif à la requalification des diplômés en chômage et de favoriser leur réintégration ;
  • Généraliser le stage obligatoire à l’ensemble des niveaux de l’enseignement supérieur et l’incitation des entreprises à offrir des opportunités de stages, en contrepartie d’une expertise apportée par les universités ;
  • Mettre en œuvre le programme « les entrepreneurs ruraux de l’avenir » au niveau des lycées et des collèges dans les zones rurales et mettre en place des incubateurs d’entreprises au sein des centres de formation des techniciens agricoles.

Sur le plan de la médiation, le Mouvement Populaire propose de :

  • Elargir le réseau des délégations régionales et locales de l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi et des Compétences (ANAPEC) ;
  • Elaborer des plans de formations pluriannuels pour faire face aux besoins des secteurs émergents à forte valeur ajoutée ;
  • Allouer des dotations budgétaires importantes aux services de placement relevant de l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi et des Compétences et ayant une dimension internationale, en vue de trouver des emplois aux lauréats des universités sur le marché mondial de l’emploi (sans toutefois encourager la fuite des cerveaux) ;
  • Soutenir l’institutionnalisation de bourses locales de l’emploi, en vue de rapprocher l’offre et la demande relatives à la main d’œuvre qualifiée et non qualifiée.

4- Les droits de l’enfant

La question des droits de l’enfant est certes une question complexe et compliquée, mais elle demeure stratégique, car elle requiert l’intervention de plusieurs départements ministériels, à savoir l’Education, la Santé, l’Emploi, la Justice, l’Intérieur, l’Agriculture et le Développement Social, et d’acteurs associatifs réputés pour leurs compétences, tels l’Observatoire National des Droits de l’Enfant, la Ligue Marocaine de Protection de l’Enfance, les associations « Bayti », « Darna », « AMSEP », « Ne touches pas à mon fils », « l’Entraide Féminine », « Annakhil », la Commission de soutien à la scolarisation de la fille et des dizaines d’associations régionales et locales s’intéressant à l’éducation et à la santé de l’enfant.

Les intervenants sont presque unanimes que le Maroc se trouve à la croisée des chemins s’agissant de la protection de l’enfance. En effet, le Maroc a certes procédé à la mise en place des institutions, des politiques et des plans nécessaires, à l’élaboration des lois et à la ratification des conventions internationales, mais la mise en œuvre et la traduction de toutes ces mesures sur le terrain demeurent à leurs balbutiements, voire le plus souvent non encore amorcées.

Le Mouvement Populaire considère qu’il est temps d’instituer une véritable culture de traduction de ces politiques et lois en un changement effectif sur le terrain. Ce qui signifie que la plateforme institutionnelle et juridique est existante, mais ce qui manque c’est une véritable volonté managériale de changement sur le terrain.

Sur le plan des réalisations, le Mouvement Populaire ne peut que se féliciter des efforts de l’Etat dans ce domaine, au vu de la création de l’Observatoire National des Droits de l’Enfant, de la mise en place d’un ministère dédié aux questions sociales dont notamment la protection de l’enfance, du renforcement du rôle de l’Entraide Nationale, de l’institution d’un bureau chargé de la coordination de la lutte contre le travail des enfants et d’une direction dédiée à l’éducation non formelle, de la mise en place de points focaux provinciaux chargés des questions de l’enfance au niveau des inspecteurs de travail, de la création d’unités de protection de l’enfance à Casablanca, Marrakech et Tanger, et de la mise en place de cellules dédiées à la femme et à l’enfance au niveau de plusieurs tribunaux de première instance.

Au niveau des politiques, une charte de l’éducation et de l’enseignement a été adoptée, et après l’échec des ministères qui se sont succédé depuis 1999 dans sa mise en œuvre, un plan d’urgence 2009-2011 a été adopté. De même, le Maroc a élaboré, en partenariat avec l’ensemble des parties prenantes, un plan national pour l’enfance pour la période 2006-2015 et a mis en place des programmes pour la généralisation de la vaccination et l’intensification des diagnostics prénatales, ainsi que des programmes sectoriels relatifs à la sanction, à la protection et à la prise en charge, etc.

Au niveau des lois, ont été promulguées la loi instituant l’obligation de l’enseignement et la loi relative au parrainage (Kafala). Outre la modification de la loi relative à l’enregistrement dans l’état civil, des dispositions afférentes à l’emploi des enfants ont été instituées au niveau du Code de travail et la majorité des conventions internationales dans le domaine des droits de l’enfant ont été ratifiées.

Ainsi, il semble qu’au niveau des institutions, des politiques et des lois, le Maroc a réalisé de grands progrès par rapport aux pays de la région du Moyen Orient et d’Afrique du Nord (MENA). Toutefois, s’agissant des indicateurs (mortalité infantile, scolarisation, mortalité maternelle, traite humaine), le Mouvement Populaire considère que le Maroc est à la traîne par rapport à des pays similaires et qu’il est presque au même niveau que des pays pauvres comme le Yémen, la Mauritanie, Djibouti et des pays africains sub-sahariens. C’est le paradoxe du Maroc contemporain : en avance sur le plan des textes, mais en retard sur le plan de la réalité ; pionnier dans le domaine de l’élaboration des plans d’action, mais défaillant sur le plan de la capacité de réalisation ; exemplaire sur le plan de l’adaptation de ses lois avec les conventions internationales, mais totalement incapable de mettre en œuvre plusieurs de ces lois. C’est ce que qualifie le Mouvement Populaire de « myopie managériale », c’est-à-dire croire que les textes et les politiques mis en place suffiraient à eux seuls à transformer la situation actuelle en une situation meilleure. Mais, la réalité est têtue et requiert pour être changée de nombreuses mesures, en plus des textes et des politiques, à savoir notamment la mise en place de mécanismes efficaces pour la mise en œuvre, le suivi, le contrôle et l’observation. Cette réalité nécessite également la délimitation des responsabilités, la mise en place d’un système de reddition des comptes et la promotion d’une culture de la mis en pratique et de la concrétisation, qui nous fait défaut et dont l’absence entrave la réalisation des objectifs des réformes initiées tout au long des dix dernières années.

Le Mouvement Populaire considère que si nous passons à une vitesse supérieure et à une approche managerielle efficiente dans le domaine des droits de l’enfant, nous pourrons remédier à la régression ayant marqué ce secteur durant les dernières années, vu qu’aucune des dispositions du plan national de protection de l’enfance n’a été concrétisée sur le terrain. De même, des unités de protection de l’enfance ont été mises en place, sans que les textes régissant leur fonctionnement soient édictés et sans avoir procédé au renforcement des capacités des points focaux de ces unités. De plus, le Maroc a chuté au rang des pays devant être contrôlés au titre de la contrebande et de la traite humaine selon le rapport du Secrétariat d’Etat américain aux Affaires Etrangères. Par ailleurs, la loi des domestiques n’a pas encore vu le jour malgré le consensus autour de cette loi auquel sont parvenus les différents protagonistes sociaux depuis 2005. A cela s’ajoute le plan d’urgence de l’enseignement qui titube encore, malgré le fait qu’il est supposé avoir entamé sa deuxième année de mise en œuvre.

Le Mouvement Populaire considère qu’il est temps d’adopter une autre cadence, pour faire de 2010 l’année du lancement de la mise en œuvre, de la concrétisation, de l’action effective et de la reddition des comptes. Un temps précieux a été gaspillé durant les dernières années et il est temps d’accélérer la mise en œuvre du plan national de l’enfance, de réviser certains de ses aspects et de lui donner une dimension locale et régionale (comme cela a été souligné par les recommandations du 12e congrès de l’Observatoire National des Droits de l’Enfant). Le Mouvement Populaire considère qu’il est temps d’impulser une révolution mentale et managériale et de passer à la culture de la concrétisation et de l’action effective.

5- L’habitat

L’habitat est l’un des défis auxquels fait face le Maroc sur le plan de ses politiques sociales. L’accroissement soutenu des populations urbaines, le non-parachèvement et la non-application des dispositions de la stratégie d’aménagement du territoire national, l’interférence des responsabilités sur le plan des autorisations et du contrôle, la propagation de la corruption dans le secteur de l’urbanisme et au niveau des collectivités locales, la prédominance des spéculations notamment en présence de lobbies privilégiés en raison de délits d’initiés ayant trait aux plans d’aménagement, et les tergiversations à mettre en œuvre les lois relatives à l’urbanisme, au bâtiment, à l’aménagement et à l’impact sur l’environnement, sont autant de facteurs à l’origine de l’anarchie qui caractérise le domaine de l’urbanisme, de la pullulation des bidonvilles et de l’habitat insalubre, de l’altération du cachet urbanistique des villes et de l’extension de quartiers de bidonvilles dépourvus de toute âme culturelle, ludique, ou écologique, etc.

Durant la dernière décennie, les autorités publiques ont initié des politiques volontaristes dans le domaine de l’urbanisme, s’articulant autour de la lutte contre les bidonvilles, la mise à niveau des quartiers de l’habitat insalubre, la création de villes nouvelles pour décongestionner les grandes villes et l’incitation à la mise en place d’unités de logement social dans l’ensemble des villes, etc.

Le Mouvement Populaire considère que la politique publique dans le domaine de l’habitat a pu parvenir à des réalisations assez bonnes, mais qui demeurent en-deçà du niveau requis en termes de planification, de gestion, d’étude, de mise en œuvre, etc. Ainsi, le Mouvement Populaire propose l’adoption d’une approche plus efficiente dans le domaine de l’urbanisme visant à :

  • Dissocier la planification et le contrôle dans le domaine de l’urbanisme de la production, aussi bien pour le logement social que pour l’aménagement de villes nouvelles ou autres ;
  • Attribuer le pouvoir d’octroi des autorisations de construire à des personnes non-élues, afin d’éviter l’instrumentalisation politicienne et électoraliste du secteur du bâtiment et de l’urbanisme ;
  • Adopter davantage de rigueur en matière d’application des règles et des lois relatives au bâtiment et à l’urbanisme ;
  • Etudier l’impact des villes nouvelles sur l’environnement et sur les espaces verts et les espaces dédiés à l’agriculture ;
  • Ne recourir à la politique des villes nouvelles qu’en cas de nécessité ;
  • Adopter un logement social respectueux de la dignité du citoyen et de sa culture sociale ;
  • Adopter une politique globale d’aménagement du territoire aux niveaux national, régional et provincial ;
  • Préserver les manifestations des unités urbanistiques et leur donner une identité spécifique, selon les critères définis par les conseils élus et les instances spécialisées ;
  • Protéger les droits des propriétaires et des investisseurs ;
  • Adopter une politique urbanistique qui prenne en considération la capacité de résilience de l’environnement face à l’activité humaine, la capacité des ressources à se renouveler et les questions de durabilité et d’environnement.

Quatrièmement : quelle vision pour le Maroc social ?

L’évocation du Maroc social demeure approximative au vu des nombreux problèmes rencontrés sur le plan des données. En effet, nous ne disposons pas de données précises sur de nombreux phénomènes, tels la vulnérabilité, le travail des enfants, les jeunes souffrant d’une addiction, les enfants de la rue, les domestiques et les sans abris fixe. La qualité et la véracité des données sont soulevées pour d’autres secteurs, tels l’analphabétisme et l’éducation non formelle. De même, des disparités sont à relever entre plusieurs départements ministériels : l’Education et la Santé se basent sur des données dont la qualité est relativement bonne, alors que d’autres départements soit disposent de données désuètes (les Eaux et Forêts et l’Environnement), soit n’en ont pas (pollution, Pêche Maritime), soit on trouve des difficultés à y accéder (Eau, Energie, Transport) ou en disposent mais à une qualité et une quantité variable d’une région à l’autre (Agriculture). Pour la grande partie de ces départements, les données ne peuvent être déclinées sur le plan territorial, à l’exception de l’Education et de la Santé. La responsabilité qui incombe dans ce domaine au Haut Commissariat au Plan est cruciale, historique et stratégique ; une responsabilité qu’il partage cependant avec les services de planification, de suivi et d’observation relevant de certains départements ministériels.

Le Mouvement Populaire considère que les indicateurs eux-mêmes soulèvent plusieurs problèmes. L’indicateur de développement humain, adopté par le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), est à l’origine d’une gêne politique pour les responsables au Maroc, car il accorde un plus grand intérêt à l’enseignement et à l’éducation. Ce qui place toujours le Maroc dans la queue du classement, ne reflétant pas ainsi certains acquis réalisés au niveau de la réduction de la pauvreté et de l’amélioration de la qualité des services sanitaires.

Toutefois, cet indicateur nous permet d’évaluer l’évolution d’une année à l’autre. La régression du Maroc dans le classement est due au fait que plusieurs pays avancent à des pas meilleurs et plus rapides dans les domaines de la mortalité infantile et maternelle, de l’apprentissage des adultes et de la reforme du système éducatif.

Au lieu de tenter d’inciter les Nations Unies à changer sa méthode d’élaboration de l’indicateur de développement, nous devrions mettre en place d’autres indicateurs relatifs à la gouvernance dans le domaine des politiques publiques ayant trait aux questions sociales, qui nous aideraient à remédier aux écueils quasi-chroniques dont souffrent les domaines de l’enseignement, de la santé et de lutte contre la pauvreté, la vulnérabilité, la marginalisation, l’emploi des enfants et le phénomène des enfants de la rue, …

Nous devons élaborer des indicateurs spécifiques aux questions de transparence, de partenariat, de contractualisation, de reddition des comptes, d’observation et de suivi. Les points faibles de la gestion publique des questions sociales au niveau de la gouvernance sont à l’origine de la détérioration de l’efficience de l’intervention aux niveaux national et territorial.

Enfin, s’agissant de l’élaboration des rapports relatifs au Maroc social, le Mouvement Populaire considère que nous devrions s’intéresser à des préoccupations transversales intiment liées à l’ensemble des questions abordées. L’approche genre est essentielle pour évaluer le niveau d’accès des deux sexes aux services. La comparaison du niveau d’accès à ces services d’une région par rapport à d’autres, nous donne une idée sur le niveau de consécration de la justice et de l’équité sur le plan territorial.

L’impact des politiques de développement sur l’environnement nous donne une idée sur la durabilité de notre exploitation des ressources naturelles. L’adoption d’une approche visant exclusivement les jeunes est de nature à garantir l’implication, actuellement et à l’avenir, de la plus importante catégorie d’âge dans les questions de développement. L’intérêt porté aux questions sociales devrait revêtir un caractère transversal dans le domaine des politiques publiques spécifiques. Les approches transversales nous aident à garantir un développement social juste, équitable, durable et prospectif.

Au volet des postulats adoptés jusqu’ici, le Mouvement Populaire considère que ces postulats soulèvent des défis importants. Primo, supposons que l’existence des politiques suffit pour qu’elles soient mises en œuvre sur le terrain par les acteurs locaux. Nous ne sommes pas encore convaincus que la résistance au changement est le fait de personnes internes à la maison, de personnes sensées être les soldats de la mise en œuvre et du changement ! Deuxio, il existe une quasi-conviction chez plusieurs parties gouvernementales que les intrants (lois, plans, activités) sont plus importants que les extrants (résultats). C’est la cause à l’origine du gap existant entre le discours public qui estime qu’il fait beaucoup de choses et une réalité têtue non changeante à laquelle s’intéresse les rapports des organisations internationales. Tertio, l’orientation générale adoptée au niveau de l’Etat et du Gouvernement pour résoudre les questions sociales comme priorité nationale a soulevé des défis sur le plan des missions incombant aux responsables, notamment au niveau territorial : du jour au lendemain, l’agent d’autorité est appelé à se départager de la gestion sécuritaire et de l’encadrement politique selon une optique autoritaire pour adopter une gestion du développement et du changement politique selon une optique participative. C’est le plus grand défi que devrait relever par exemple l’Initiative Nationale pour le Développement Humain. Les postulats de développement, adoptés jusqu’ici, sont des postulats qui ont entravé le lancement effectif du changement tant souhaité. La révision de ces postulats revêt une dimension stratégique si nous voulons effectivement garantir l’efficience de l’intervention au niveau des politiques publiques.

Sur le plan des approches, le Mouvement Populaire relève un important développement institutionnel, mais qui n’a pas été accompagné par des mécanismes clairs de coordination entre le nombre croissant des intervenants. Ce qui soulève de nombreuses interrogations à propos de l’utilisation efficiente des ressources, de l’absence de convergence (qui est demeurée souvent postérieure) et l’interférence des idées de développement.

Sur un autre niveau, l’approche diffère entre la phase de diagnostic et la phase d’intervention. Sur le plan de la pauvreté, la carte adoptée décline la pauvreté au niveau territorial (de la Commune à la Région, en passant par la Province). La Commune a été adoptée comme entité d’intervention de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH), mais l’approche par projets est une approche verticale qui n’est pas compatible avec les besoins de la Commune d’un point de vue territorial. A cela s’ajoute le fait que malgré le lancement d’initiatives locales au niveau de chaque commune, la commune a été marginalisée sur le terrain et un rôle grandissant a été reconnu aux associations locales malgré la médiocrité des capacités de ces dernières et le fait que leur système de gouvernance soulève plus d’une interrogation.

L’approche de développement adoptée a été préjudiciable à l’orientation vers la décentralisation comme option stratégique pour le Maroc moderne. S’ajoute à cela le fait que le partenariat est demeuré un simple slogan et que les questions de la gouvernance de manière générale sont encore ignorées dans la plupart des départements ministériels à vocation sociale, en particulier la Santé et l’Education. Precautionary

Enfin, nous n’avons pas encore adopté le principe préventif au Maroc, qui nécessité de soulever la question de l’opportunité, de l’adaptabilité et de l’utilité, au présent et dans un avenir lointain. Nombreuses sont nos politiques publiques qui ne sont pas anticipatives, mais ponctuelles, voire soulèveraient dans l’avenir des problématiques d’un autre genre auxquelles il faudrait faire attention.

Enfin, le Mouvement Populaire estime que pour impulser un essor au niveau des questions sociales, il faudrait réaliser un progrès important au minimum au niveau de sept questions majeures :

1.     Garantir la mise en œuvre d’une plus grande libéralisation économique et l’amélioration du climat des affaires d’une manière plus audacieuse, en vue de la création des richesses et de la réalisation d’un saut qualificatif sur le plan de l’emploi ;

2.    Garantir davantage de transparence et la fourniture d’informations exhaustives sur l’approche d’élaboration du budget sur les plans national et territorial, en vue de garantir une plus grande participation des citoyens dans la détermination des priorités de l’intervention publique au niveau social ;

3.    Instituer une politique de jeunesse claire et non liée à des secteurs définis. Le retard accusé dans ce domaine est non justifiable et nous risquons d’en payer le tribut dans l’avenir proche ;

4.    Maitriser le concept de classe moyenne et renforcer les capacités de cette classe pour qu’elle soit la locomotive du développement, à l’instar de pays similaires au Maroc ;

5.    Améliorer la gouvernance de mobilisation des épargnes des retraités et garantir leur implication dans la détermination du mode de mobilisation et d’investissement de ces épargnes ;

6.    Faire de la Caisse de Compensation un outil d’accompagnement des politiques publiques relatives notamment à l’enseignement et à la santé, et non seulement un moyen de soutien à la consommation ;

7.    Mettre en place une politique urbanistique claire, qui transcende l’improvisation actuelle et instituer une politique des villes qui soit en phase avec la croissance démographique qu’enregistre le Maroc.

Le Maroc social est un Maroc qui bouge, mais très lentement. Il est temps de passer à la vitesse supérieure. C’est chose possible si la volonté politique est réelle.