Plateforme politique

Mouvement Populaire

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Préambule

Le 11e Congrès National du Mouvement Populaire se tient, les 11, 12 et 13 juin 2010 à Rabat, dans le contexte d’une étape politique et sociale critique, dont l’importance découle de la dynamique accélérée, générée par les accumulations quantitatives et qualitatives des Hautes initiatives Royales, les réformes politiques et économiques et les grands chantiers structurants qui jettent les bases du projet sociétal moderniste et démocratique.

La tenue de ce congrès vient couronner la réussite de la fusion des composantes harakies dans leur tronc commun politique, ayant engendré une valeur ajoutée qui a contribué à l’enrichissement du parcours haraki et à son immunisation pour pouvoir relever les défis actuels, avec les mêmes engagement et responsabilité dont a fait preuve le Mouvement Populaire pour capitaliser un patrimoine idéologique et politique regorgeant de générosité tout au long d’un demi-siècle au service des grandes questions nationales.

Autant les réalisations du Mouvement Populaire, tout au long de son parcours politique, constituent un motif de fierté et d’orgueil, autant elles interpellent la nouvelle génération des militantes et militants harakis et les incitent à redoubler d’efforts pour relever les défis qui s’imposent, gagner les enjeux de l’étape et préserver la continuité de la présence rayonnante du Mouvement Populaire sur la scène politique et nationale.

Dans ce contexte, force est de souligner que le congrès constitutif a réussi à élaborer une plateforme politique, qui s’est distinguée par la présentation d’une analyse de la réalité du Maroc d’après l’indépendance et la proposition d’un projet sociétal auquel ont adhéré de larges catégories et couches du peuple marocain, afin de faire de l’indépendance un acquis pour l’ensemble des Marocains, demeurer attaché aux valeurs nationales sacrées et faire prévaloir l’identité et la spécificité civilisationnelle de la Nation marocaine multiséculaire.

1- Le Congrès constitutif et la réhabilitation de l’identité marocaine :

Le Mouvement Populaire a fait de la préservation de l’identité, de la spécificité civilisationnelle et de la mémoire historique collective de la Nation marocaine une priorité et l’une des raisons d’être de sa création, ainsi qu’une ligne rouge à ne pas dépasser.

En effet, le Mouvement Populaire a vigoureusement affronté tous les courants politiques et les doctrines idéologiques, qui ont tenté, au cours de la période d’après l’indépendance, d’imposer leur hégémonie et leur monopolisation de la scène politique, comme préalable à l’imposition de plans qui étaient contradictoires, sur plusieurs aspects, avec les aspirations des Marocains et constituaient une source de menace pour leur identité civilisationnelle, fondée sur la diversité culturelle et linguistique et la richesse des traditions marocaines profondément ancrées dans l’histoire.

Ces courants se sont alignés sur la vague nationaliste, d’une part, et sur la vague révolutionnaire communiste, d’autre part, et ont consacré leurs efforts à imposer une culture unique et une langue unique au peuple marocain, rendant nécessaire une mobilisation populaire initiée par la génération des pères fondateurs pour faire face à ces dérapages et revendiquer la reconnaissance de l’amazighité, en tant que langue et culture, comme l’une des composantes essentielles de l’identité marocaine.

2- Pertinence et crédibilité des choix du Mouvement Populaire :

Le Mouvement Populaire a contribué, à travers sa défense de la spécificité civilisationnelle marocaine et son attachement aux valeurs sacrées nationales et à la diversité culturelle, à faire éviter au pays d’être l’otage des positions et des décisions des parties en conflit sur la scène internationale, dans un contexte de course vers le leadership du monde dans le cadre de la guerre froide. فتن

Le Mouvement Populaire a également contribué à faire éviter à notre pays les affres des troubles et des émeutes qui se sont déclenchées dans plusieurs pays du tiers-monde, dont les répercussions se sont poursuivies durant des décennies et qui ont engendré des divisions politiques et sociales qui, désormais, menacent continuellement la stabilité de ces pays.

Les évolutions ont confirmé la pertinence des choix pour lesquels a lutté le Mouvement Populaire, partant de son attachement à la monarchie constitutionnelle, à « Imarat Al Mouminine » (Commanderie des Croyants), au multipartisme et au pluralisme culturelle et linguistique, et arrivant à la consécration d’une position spéciale au monde rural dans tous les programmes et projets de développement et la considération que l’initiative privée et l’incitation du secteur privé dans le cadre de l’orientation libérale constituent la base solide du choix stratégique de l’économie nationale, tout en soulignant la dimension régionale dans tous les documents et la littérature du Mouvement Populaire, qui a appelé à garantir l’équité et l’équilibre entre les Régions.

3- Les fondements de la plateforme politique du Mouvement Populaire :

Le Mouvement Populaire a constitué, depuis sa création, une école politique ayant un ancrage et un prolongement populaires, qui a puisé ses choix et orientations de son attachement indéfectible à l’identité civilisationnelle marocaine spécifique et aux constantes et valeurs sacrées nationales, et a tiré sa légitimité historique du fait qu’il représente le prolongement de la résistance et de l’armée de libération.

Grâce à l’ancrage solide de ses constantes et principes et à la clarté de sa ligne politique, le Mouvement Populaire n’a pas perdu ses repères dans un contexte marqué par les développements accélérés et n’a pas souffert de l’ambigüité des concepts et des visions, comme c’est le cas de certains partis qui se sont retrouvés contraints de remettre en cause leur stratégie politique et leurs positions.

  • La monarchie constitutionnelle :

Le Mouvement Populaire réaffirme son attachement à la monarchie constitutionnelle, qui représente l’incarnation suprême de la Nation marocaine et le symbole de son unité, et veille à sa perpétuation, partant de sa conviction profonde en la sacralité du lien d’allégeance existant entre le Trône et le Peuple.

  • L’intégrité territoriale :

Fidèle à l’esprit du Serment de la Marche Verte, le Mouvement Populaire a été de tous temps au cœur des épopées nationales pour défendre l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale.

Dans le cadre du suivi des développements positifs de notre première question nationale et l’accroissement du soutien international à la proposition marocaine d’octroi d’une autonomie aux Provinces du Sud, le Mouvement Populaire estime que cette proposition constitue la seule et unique option pour mettre un terme au conflit artificiel autour de la marocanité du Sahara et réaffirme sa position constante et immuable au sujet de notre intégrité territoriale, y compris la récupération des villes de Sebta et Mellilia et des îles Jaâfari.

  • La sécurité religieuse et spirituelle :

Le Mouvement Populaire considère que l’Islam constitue une composante essentielle de l’identité civilisationnelle marocaine et réaffirme son attachement à « Imarat Al-Mouminine » (La Commanderie des Croyants), gage de la sécurité spirituelle du peuple marocain et de sa préservation des risques et des dérapages de l’intégrisme, de l’extrémisme et de l’instrumentalisation de la religion à des fins politiciennes.

Dans ce cadre, le Mouvement Populaire exalte le rôle joué par « Amir Al-Mouminine » en matière de réforme des affaires religieuses et de préservation du caractère modéré de l’Islam qui a magnifiquement allié la pluralité ethnique et culturelle dans le creuset de l’identité civilisationnelle marocaine et a fait du Maroc un centre de rayonnement de la paix et du dialogue entre les civilisations.

  • La pluralité culturelle et linguistique :

L’unité du Maroc et sa force ont été fondées, durant des siècles, sur la pluralité et la richesse de ses cultures et traditions. A cet égard, le Mouvement Populaire, qui a fait de la préservation de l’identité marocaine l’une de ses raisons d’être, estime que le Maroc a accompli des avancées importantes vers la consécration de la pluralité culturelle et linguistique, et aspire à la traduction effective du Discours Royal historique d’Ajdir et à l’intégration totale de l’amazighité, en tant que culture et langue, dans le tissu éducatif et culturel.

  • La justice sociale :

Le Mouvement Populaire se considère comme un acteur actif dans l’édification du projet sociétal national et moderniste, qu’il souhaiterait être fondé sur une économie forte, un tissu politique et social équilibré et un développement équitable de tous les domaines et catégories et ce, dans le cadre de la consécration des valeurs de liberté, de dignité, d’équité et de solidarité et de la garantie d’une vie digne et d’égalité devant les droits et devoirs entre les différentes composantes du peuple marocain.

Du point de vue du Mouvement Populaire, la justice sociale représente l’un des facteurs essentiels de la cohésion sociale et de la stabilité politique, et le véritable préalable à la réussite des plans de développement sociaux et économiques.

  • Vers une véritable intégration de la diaspora marocaine dans la dimension nationale :

Le Mouvement Populaire appelle à œuvrer pour renforcer les ponts de communication avec la communauté marocaine résidant à l’étranger en vue de la consolidation de son attachement et de son appartenance nationale, et met l’accent sur l’importance de l’intégration de ses générations montantes dans le système éducatif et culturel marocain et leur protection contre les menaces d’aliénation.

Tout en saluant la création du Conseil Supérieur de l’Immigration et la décision de Sa Majesté le Roi d’ouvrir la voie à la participation politique et à la garantie d’une représentativité de la diaspora marocaine dans l’institution législative, le Mouvement Populaire est convaincu que cette mesure est de nature à apporter une valeur ajoutée à l’action législative, à favoriser la participation des Marocains résidant à l’étranger dans le développement dans ses dimensions locales, régionales et nationales, à simplifier les mesures et les procédures administratives relatives à l’investissement et à inciter les compétences et les cadres à rallier la mère-Patrie.

  • La question migratoire :

La position géographique du Maroc et sa proximité de l’Europe ont fait de lui un point de passage de l’immigration clandestine à destination de l’Europe et en provenance des pays du Sahel et sub-sahariens. Malgré les efforts déployés par le Maroc dans ce domaine, qui ont drastiquement réduit les flux d’immigrés clandestins à partir de ses côtés, les approches sécuritaires ont prouvé leur échec et leur incapacité à juguler les flux migratoires du Sud vers le Nord.

A ce propos, le Mouvement Populaire appelle à :

  • L’élaboration d’une stratégie commune entre l’Union Européenne et les pays émetteurs d’immigration, fondée sur le renforcement des économies de ces pays, la réalisation d’un développement durable, la création d’opportunités d’emploi et l’amélioration des conditions de vie des jeunes ;
  • La recherche de solutions pacifiques et durables aux différends régionaux et aux conflits ethniques, qui sont à l’origine du déclenchement des guerres dans le continent africain.

Dans ce même contexte, le Mouvement Populaire estime que la résolution du différend artificiel autour de la marocanité du Sahara représente le véritable préalable à l’intégration des Etats maghrébins, qui est à même de contribuer au développement de la région maghrébine et à la rendre capable d’absorber l’immigration à destination des Etats européens.

4- Le 11e Congrès National et la mise à niveau de l’outil partisan :

Pallier les dysfonctionnements qui entravent la réhabilitation du paysage politique, rendre confiance aux citoyens et élargir le périmètre de leur participation politique sont autant de défis qui font incomber au Mouvement Populaire une importante mission, en vue de rehausser sa performance politique et de renforcer son édifice organisationnel, de nature à jeter les bases d’un outil partisan fort et moderne, qui préserve ses principes et ses constantes et s’adosse à son capital idéologique et politique pour relever les défis actuels et lever les contraintes subjectives et objectives.

A cet effet, le Mouvement Populaire a fait du 11e Congrès National une étape cruciale dans son parcours politique, en vue d’instaurer une nouvelle culture partisane qui fait prévaloir les règles démocratiques et les mécanismes de gestion rationnelle de ses ressources humaines et matérielles, et d’orienter ses priorités vers la satisfaction des aspirations et des espérances des générations montantes et leur immunisation, dans cette ère de mondialisation, contre les courants ravageurs qui menacent la cohésion des identités nationales et leurs référentiels civilisationnels.

Ayant relevé au préalable les faiblesses qui ont entaché une partie de ses organisations locales, le Mouvement Populaire s’est donné assigné comme priorités lors de ses préparatifs du 11e Congrès National :

  • L’amélioration du niveau d’encadrement et de formation politique des militantes et militants harakis, aux niveaux local et régional ;
  • Le renforcement de la dimension régionale de l’organisation harakie ;
  • L’adoption d’une approche ascendante, en partant de la base locale pour arriver à la structure centrale lors de la mise en place des structures et de l’élection de leurs membres en recourant aux urnes ;
  • Le passage de la logique du consensus, qui a marqué l’étape de la fusion, à la logique démocratique, et du Mouvement unifié au Mouvement unique ;
  • La démocratisation de la gestion et de l’administration du Parti, la définition des attributions des instances organisationnelles et la répartition des responsabilités ;
  • Le relèvement de la représentativité des jeunes et des femmes au niveau de l’ensemble des structures.

  • Le Mouvement Populaire et les défis actuels :

Le Mouvement Populaire est interpellé par les problématiques de régression du taux de participation politique et la faible affluence des électeurs aux urnes et ce, malgré l’amélioration du rythme de la croissance économique et des indicateurs de développement social et l’élargissement du champ des libertés publiques et des droits de l’Homme.

Tout en considérant que le phénomène de désaffection politique, qui a épousé une tendance dangereuse lors des élections législatives de l’année 2007 et avec moins d’acuité lors des dernières élections communales, constitue une entrave devant l’évolution du processus démocratique, le Mouvement Populaire souligne la nécessité de rationnaliser le paysage politique et de remédier au phénomène de balkanisation partisane, en vue de jeter les bases de partis politiques forts, porteurs de projets sociétaux et capables de lancer des initiatives et d’assumer leurs missions d’encadrement des citoyens et de formation de cadres qualifiés pour gérer la chose publique au niveau local.

Les enjeux qui s’imposent au Maroc d’aujourd’hui requièrent une large participation populaire pour soutenir le processus moderniste et démocratique initié par Sa Majesté le Roi. Cette participation demeure toutefois tributaire de l’amendement de la loi relative aux partis politiques, de mettre fin au phénomène de transhumance politique, de la réforme du code électoral et de la révision du mode de scrutin qui a démontré ses limites s’agissant d’engendrer une carte politique claire, dont seront issues une majorité et une opposition homogènes sur le plan des programmes, des orientations et des choix.

  • Vers la création du pôle libéral :

Le Mouvement Populaire, qui a fait de l’orientation libérale son choix stratégique et qui a adhéré à l’Internationale Libérale, estime que l’étape actuelle nécessite la formation d’un pôle libéral qui compterait dans ses rangs l’ensemble des partis libéraux. Partant de ce principe, le Mouvement Populaire s’est assigné comme l’une de ses priorités, après son 11e Congrès National, d’approfondir la coordination avec ses partenaires libéraux et la définition de la plateforme commune du pôle libéral.

5- Le Mouvement Populaire et les enjeux du projet sociétal moderniste et démocratique :

L’instauration du projet sociétal moderniste et démocratique requiert l’adoption d’une approche globale devant mener à :

  • L’adaptation de la Constitution avec les développements actuels, en y intégrant les réformes réalisées lors de la dernière décennie et en veillant à la constitutionnalisation de :
  • l’autonomie accordée aux Provinces du Sud ;
  • système de régionalisation élargie et la définition des attributions dont jouiront les Régions ;
  • la langue amazighe en tant que langue nationale et officielle ;
  • renforcement du rôle du Parlement en matière de contrôle et de législation et l’attribution d’un pouvoir plus grand au Premier ministre et au Gouvernement ;
  • l’indépendance claire de l’autorité judiciaire par rapport au pouvoir exécutif ;
  • la clarification du dualisme des rôles du Conseil Economique et Social et de la Chambre des Conseillers ;
  • l’activation des recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) ;
  • l’adaptation des législations nationales avec les traités et conventions internationaux relatives aux droits de l’Homme.
  • La régionalisation élargie :

Le parti du Mouvement Populaire considère que la régionalisation a pour objectif d’assurer une meilleure démocratisation et une meilleure participation, en vue de réaliser un développement local et régional soutenu et durable. Ce qui est essentiel dans la régionalisation est l’appropriation par les populations, de manière directe ou à travers des représentants proches d’eux, du processus de développement, car sans cette appropriation, le développement demeurera un projet décidé dans les hautes sphères et ses résultats ne seront nullement garantis. Ainsi, la démocratie et le développement durable demeurent parmi les objectifs escomptés de la véritable régionalisation.

Selon le Mouvement Populaire, une régionalisation, qui serait basée uniquement sur la décentralisation en absence d’un système de déconcentration des services, ne garantirait pas la prise de décisions et leur suivi et l’adoption de systèmes de reddition des comptes et d’évaluation.

De même, sans une véritable participation de la société civile, du secteur privé et de l’ensemble de la population dans le processus de prise de décision et de reddition des comptes, à travers le diagnostic social, la régionalisation serait confinée à un transfert des pouvoirs au niveau du territoire sans toucher à l’essence du processus de prise de décision et à la problématique de la démocratisation et de la participation.

Pour le Mouvement Populaire, le système de régionalisation, en vigueur au Maroc jusqu’ici, a été une expérience importante, car il a été à l’origine de l’émergence d’élites régionales dotées de capacités assez bonnes, apporté une dimension régionale à l’exercice de l’action politique et imprimé un cachet territorial au processus de prise de décision, du moins en ce qui concerne certains secteurs.

Cependant, la régionalisation adoptée a souffert d’une absence flagrante au niveau du pouvoir de prise de décision : le Wali n’est doté que qu’un rôle de coordination entre les provinces et les préfectures dans le cadre du système actuel, et les conseils régionaux ont souffert de la rareté des ressources et des moyens et de la médiocrité du rôle qui leur est assigné et qui est complémentaire de l’action des conseils municipaux et communaux et des conseils provinciaux.

De même, le système de régionalisation a accompagné un système de décentralisation inachevé, car la déconcentration n’a pas suivi que dans certains secteurs et de manière timide. En outre, le dualisme de l’autorité que personnifie le représentant de l’Etat et le représentant de la population, avec ses inconvénients et ses avantages, est demeuré également en vigueur au niveau des régions. Les régions n’étaient en fait que des groupements de provinces sur un plan géographique, qui reproduisaient les mêmes dualismes de l’autorité existant au niveau provincial et local.

D’autre part, le découpage régional a été basé sur des considérations proto-économiques, sans rechercher à faire de la cohésion culturelle, écologique, historique et géographique le déterminant essentiel de l’espace régional. C’est pour cela que la majorité des régions ont épousé des configurations étranges, qui n’obéissaient à aucune logique définie, comme c’est le cas en particulier des régions de Souss-Massa-Drâa, Al Hoceima-Taza-Taounate et Meknès-Tafilalet et à moindre degré des régions de Fès-Boulemane et Chaouia-Ouardigha…

Pour le Mouvement Populaire, les régions ne devraient pas être de purs découpages géographiques, mais des entités prédisposées à une harmonie culturelle et à une complémentarité économique, et ayant des déterminants socioculturels qui assurent au développement régional une assise anthropologique fondamentale pour garantir l’adhésion et l’appartenance.

Au Maroc, on craint de lier la culture à la région, car cela risque de semer les graines de la scission. Or, au lieu d’appréhender l’appartenance culturelle régionale comme un facteur négatif s’agissant de l’unité de la Nation, nous devrions le saisir sous une perspective plus positive comme étant une richesse qui contribue à assurer à l’action de développement l’assise nécessaire pour semer les graines du véritable développement.

Après des décennies, durant lesquelles le facteur culturel a été ignoré au motif qu’il était secondaire dans le processus de développement, à cause de la prédominance d’une vision « techniciste » et mécanique de ce processus, un grand changement est intervenu durant les deux dernières décennies, au sens où on l’on considère désormais que la culture favorise l’appropriation par les populations du processus de développement et que l’organisation de la gouvernance au niveau territorial fait revêtir une dimension identitaire essentielle à la participation politique des citoyens aux affaires de la Région.

Le Mouvement Populaire considère que les problèmes dans lesquels se sont enlisés les systèmes qui ont adopté la régionalisation dans les pays en développement sont souvent la cause de la grande ambigüité qui caractérise la définition des missions et des rôles des régions et du déficit de communication autour du rôle des gouvernements locaux dans leurs relations avec les gouvernements nationaux et les populations. D’autre part, les principes d’amélioration de la qualité des services, de renforcement de la transparence, de reddition des comptes, d’amélioration de la planification et de suivi des réalisations sont souvent relégués au second degré et ne sont pas adoptés comme conditions essentielles pour le transfert des pouvoirs.

Le Mouvement Populaire propose de ne pas procéder à un transfert systématique des pouvoirs à toutes les régions, mais d’adopter une phase transitoire durant laquelle le transfert des pouvoirs sera réalisé de manière progressive, en fonction de l’appropriation par chacune des régions d’un seuil minimal en termes de capacités de planification, de formation, de ressources humaines, de ressources financières, de gestion, de participation, de prestation des services, de mise en place des mécanismes d’audit et de reddition des comptes, etc.

Ainsi, les efforts se concentreront sur les régions qui ont des capacités médiocres en vue de les rehausser, avant de leur transférer de larges pouvoirs de décision et de gestion. Un pouvoir sans capacité mène à la corruption, à l’anarchie et à l’attentisme.

Le contrôle par les citoyens de l’action des gouvernements régionaux et locaux demeure faible. Sur ce plan, le Mouvement Populaire estime que l’action devrait être menée au niveau de l’offre et de la demande : sur le plan de l’offre, il faudrait renforcer le rôle des gouvernements locaux s’agissant de l’élaboration de plans participatifs et de formation des fonctionnaires régionaux pour qu’ils puissent satisfaire aux exigences les habilitant à s’aligner sur les standards internationaux et nationaux en matière d’audit, d’élaboration de budgets de manière participative, de renforcement de leurs capacités d’action de manière transparente et d’implication de la société civile dans l’action régionale et locale. Sur le plan de la demande, il faudrait soutenir les associations civiles et le secteur privé dans la réalisation de diagnostics sociaux du système de prestation des services, consolider leurs capacités d’action de manière transparente et renforcer davantage son appropriation des questions de développement local.

La régionalisation est au cœur de la démocratisation et du développement. Ainsi, l’attribution de larges pouvoirs aux régions nécessite de mener une réflexion minutieuse autour du processus de prise de décision et de la définition des rôles, en vue de procéder à un transfert rationnel et clair des pouvoirs. Pour le Mouvement Populaire, la régionalisation escomptée ne saurait engendrer une nouvelle superposition des pouvoirs, dans le cadre d’une sorte d’« inflation des pouvoirs ».

Ainsi, le Mouvement Populaire considère qu’il est incontournable d’aborder cette question dans sa dimension constitutionnelle pour parvenir à la mise en place d’une véritable régionalisation, gage d’un changement profond dans le processus de démocratisation.

  • La réforme du champ religieux :

L’attachement du Mouvement Populaire à l’Islam et à « Imarat Al-Mouminine » (Commanderie des Croyants) participe du fait que ces deux déterminants sont les piliers fondamentaux du système politique marocain et qu’ils constituent, aux côtés de l’intégrité territoriale, les constantes nationales sacrées de la Nation marocaine et les fondements de la devise nationale éternelle « Allah – la Patrie – le Roi ». Le Mouvement Populaire considère que l’interdépendance entre la monarchie et Imarat Al-Mouminine est gage de la sécurité spirituelle du peuple marocain et de sa stabilité politique.

De ce fait, le Mouvement Populaire appelle à l’élaboration d’une stratégie globale de réforme du champ religieux pour accompagner les changements sociaux accélérés et satisfaire le besoin d’immuniser la conscience religieuse des générations montantes. Cette stratégie devrait s’articuler autour de :

  • L’attachement au rite malékite ;
  • L’amélioration de l’action des conseils des oulémas et l’activation du rôle des institutions d’éducation sociale en matière de consécration d’une éducation religieuse prônant la modération et défendant les valeurs de tolérance et de coexistence entre les religions et les civilisations ;
  • L’éradication de l’idéologie obscurantiste et mythologique sous toutes ses formes et la lutte contre l’extrémisme et l’intégrisme avec rigueur et fermeté ;
  • L’éducation à la citoyenneté et aux valeurs humaines universelles.

6- Vers une intégration positive dans l’environnement régional et international :

Le Maroc a cumulé un capital important dans le domaine des relations internationales, en raison de sa présence continue dans les différents foras internationaux et grâce à ses orientations pacifiques basées sur le respect de droit international et son engagment positif en faveur de l’instauration de la paix et de la sécurité internationales.

Partant de cela, le Mouvement Populaire réaffirme la nécessité d’œuvrer pour renforcer davantage la position internationale du Maroc et son rôle d’acteur positif dans les espaces maghrébin, arabo-islamique, méditerranéen et africain, et de partenaire crédible de l’Union Européenne.

  • L’union maghrébine :

Le Mouvement Populaire considère que l’union maghrébine constitue un enjeu stratégique incontournable dans cette ère de mondialisation et de groupements politiques et économiques, régionaux et internationaux, qui pourrait réaliser les aspirations des peuples de la région maghrébine en termes de développement et de prospérité.

Le Mouvement Populaire considère également que l’union maghrébine constitue un cadre d’intégration économique, capable de dynamiser un véritable partenariat avec l’Union Européenne et les autres groupements régionaux et de contribuer à la lutte contre les problématiques de pauvreté et de vulnérabilité et le phénomène du terrorisme dans les pays du Sahal et sub-sahariens, érigés par l’organisation « Al-Qaeda » et les mouvements terroristes en plateforme de lancement de leurs opérations visant à menacer la stabilité et la sécurité de la région.

Malgré les actes de bonne foi accomplis par le Maroc, les dirigeants d’Algérie ont fait de la question de notre intégrité territoriale un prétexte pour leur hostilité injustifiée à l’égard des intérêts de notre pays et ont continué à entraver la marche de l’Union du Magrheb Arabe, défiant ainsi de manière flagrante les aspirations des peuples de cette région en termes d’union, de développement et de stabilité.

Le Maroc demeurera attaché à l’Union du Maghreb Arabe comme cadre stratégique de complémentarité et de coopération commune entre les Etats et les peules de la région.

  • La vocation arabo-islamique :

Le capital cumulé par le Maroc en matière de défense des causes arabes et islamiques et d’accueil des sommets de la Ligue Arabe et de l’Organisation de la Conférence Islamique a fait du Maroc un acteur influent dans la politique étrangère des mondes arabe et islamique et un pionnier dans le domaine de la sauvegarde de leur patrimoine et leurs sacralités religieuses dans la ville occupée d’Al-Qods.

Le Mouvement Populaire appelle à l’adoption d’une nouvelle stratégie dans la relation du Maroc avec son environnement arabe et islamique, visant à consolider les éléments civilisationnels communs et à fonder cette relation sur des bases économiques solides susceptibles de rehausser le rythme des échanges commerciaux, de drainer davantage d’investissements et d’assurer la complémentarité avec cet espace sur le plan des ressources naturelles et humaines.

Le Mouvement Populaire considère que la résolution du conflit arabo-israélien selon le principe des deux Etats, stipulé par les résolutions du Conseil de Sécurité, demeure la solution unique à même d’instaurer la stabilité et la paix dans la région du Moyen Orient.

  • La vocation africaine :

Forte et profondément ancrée depuis des siècles, la vocation africaine du Maroc s’est manifestée, tout au long de ces siècles, dans les relations politiques, commerciaux, culturels, religieux et sociaux qu’a tissés le Maroc avec les empires d’Afrique et du Soudan ; lesquelles relations se sont traduites de manière forte dans la complémentarité politique, dont l’un des moments cruciaux demeure la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) dont le Maroc a été l’un des architectes.

Le Mouvement Populaire exalte la politique africaine de l’Etat marocain, consistant en l’encouragement de l’investissement, la promotion des échanges commerciaux et des projets économiques communs et le soutien des efforts de développement. Le Mouvement Populaire appelle à consolider ces relations et à les élargir vers les Etats d’Afrique Orientale, les Etats des Grands Lacs, les Etats lusophones et les Etats situés dans la partie méridionale du continent.

Le Mouvement Populaire estime que la coordination au sujet des questions de l’immigration, de la traite humaine, du trafic des drogues et de la lutte contre le terrorisme – notamment au niveau de la région du Grand Sahara – revêt une importance stratégique pour le Maroc et les Etats du Sahel africain. L’avenir des Etats du Sahel et d’Afrique du Nord demeure tributaire de la réussite des Etats de la région à relever les défis du développement, à travers la coordination, la coopération, la complémentarité et le partenariat, ainsi que la lutte concertée contre les dangers qui menacent la région sur les plans sécuritaire et écologique.

  • L’espace euro-méditerranéen :

Le Mouvement Populaire considère que l’espace euro-méditerranéen est susceptible d’offrir l’opportunité de réaliser une complémentarité économique réelle entre les rives Nord et Sud de la Méditerranée. Cette région est certes confrontée à plusieurs défis, à savoir notamment l’immigration, le terrorisme, la détérioration écologique, la défaillance du développement dans les pays du Sud, la montée du racisme et de la xénophobie dans les pays du Nord, etc. Toutefois, les opportunités offertes par l’espace euro-méditerranéens sont tout aussi grandes et importantes, notamment la complémentarité économique, la diversité culturelle et écologique, la disponibilité de marchés importants pour les marchandises et les produits agricoles et industriels, la coopération scientifique et académique, etc.

Ainsi, le Mouvement Populaire appelle à poursuivre la mise en œuvre de la Déclaration de Barcelone et son développement, à instituer des conventions collectives dans les domaines de l’immigration et des échanges culturels, scientifiques et économiques et à ouvrir un large débat sur les réformes politiques devant être adoptées en vue de parvenir à une véritable démocratisation des Etats du Sud.

  • Le statut avancé du partenariat maroco-européen :

Le Mouvement Populaire considère que le statut avancé auquel a accédé le Maroc dans ses relations avec l’Union Européenne constitue une reconnaissance par l’Europe du niveau et de la qualité des réformes qu’a initiées le Maroc durant la dernière décennie.

Tout en se félicitant de cette opportunité offerte au Maroc pour adhérer davantage à la dynamique économique, sociale et culturelle impulsée par le processus d’union en Europe, le Mouvement Populaire réaffirme la nécessité d’engranger de véritables acquis à travers ce statut et la nécessité d’initier une nouvelle génération de réformes portant notamment sur la réforme du système judiciaire et la garantie de son indépendance par rapport au politique, l’institution de garanties institutionnelles et juridiques en matière de liberté de presse, la protection des droits des investisseurs, le banissement de toutes les formes de rente politique et économique, l’ouverture d’un débat large et global sur les réformes constitutionnelles et la réforme du système de gouvernance. Toutes ces réformes sont susceptibles d’habiliter davantage le Maroc à négocier avec l’Europe sur le statut avancé d’une position de force. L’Europe a reconnu les efforts déployés par le Maroc, mais le Maroc est tenu de réaliser les réformes nécessaires pour traduire ce statut avancé en une réelle opportunité pour les Maroc, en vue de tirer profit de la reconnaissance par l’Europe de la pertinence des reformes initiées jusqu’ici par l’Etat.