Plateforme culturelle

Plateforme culturelle

La question culturelle constitue l’un des principales préoccupations et centres d’intérêt du Mouvement Populaire. Le Mouvement Populaire s’est retrouvé, depuis le début, au cœur d’une confrontation avec les promoteurs du système idéologique absolu et les partisans des idéologies et des courants culturels totalitaires, qui ne tolèrent pas l’interactivité avec la culture nationale caractérisée par le pluralisme et la diversité.

Le Mouvement Populaire a tiré de l’identité marocaine la légitimité de son militantisme en faveur de la démocratisation de la question culturelle et linguistique, et a lutté, tout au long d’un demi-siècle, pour ancrer et consacrer le pluralisme culturel et linguistique et reconnaître l’amazighité comme étant une composante essentielle de l’identité marocaine et l’un des piliers de la stabilité du pays et de sa cohésion sociale.

Aujourd’hui, dans un contexte marqué par l’unanimité du peuple marocain autour du contenu du Discours Royal d’Ajdir, qui a défini la stratégie culturelle nationale et a mis l’accent sur l’égalité entre ses affluents et la réhabilitation de l’amazighité en tant que civilisation, culture et langue, le Mouvement Populaire souligne qu’autant cette unanimité constitue une rupture avec les thèses chauviniques, qui ont tablé par le passé sur le déclenchement d’un choc et d’une lutte artificiels entre l’amazigh et l’arabe, autant elle constitue une force motrice pour la gestion positive de la pluralité culturelle et linguistique et la valorisation de cette richesse, en vue de promouvoir la culture nationale et développer de ses outils d’expression idéologiques et spirituelles.

Sur cette base, le Mouvement Populaire articule sa politique culturelle autour des quatre axes suivants :

-         La garantie de la pluralité culturelle et sa réhabilitation ;

-         La garantie d’une production culturelle accumulée, y compris la reproduction du patrimoine ;

-         La promotion d’une culture normative, basée sur les valeurs humaines et les valeurs de citoyenneté et de coexistence avec autrui ;

-         La promotion du rôle de la culture dans le développement.

Le Mouvement Populaire considère que ces axes constituent les fondements de sa stratégie culturelle en faveur d’un Maroc au sein duquel les citoyens sont fiers de leurs appartenances plurielles – islamique, arabe, amazighe, africaine et méditerranéenne -, sont capables de produire une culture savante, qui s’inspire de sources diverses et qui décline, sous des formes artistiques, l’expérience marocaine unique dans son interactivité avec ses éléments et les autres cultures, et fondent leurs attitudes et discours sur les valeurs de la citoyenneté véritable, qui garantit à l’individu et à la collectivité la responsabilité d’une appartenance critique et non chauvinique à l’espace marocain et développe une nouvelle culture basée sur les valeurs du travail, de la production et de la transparence.

Du point de vue du Mouvement Populaire, la pluralité culturelle et linguistique transcende la représentativité folklorique des cultures locales à travers l’espace et le temps pour épouser une approche critique de toutes les formes de différence, d’inter-fécondation et de convergence entre les genres culturels et la prise en compte des changements qu’ont connues les pratiques, les représentations et les perceptions de l’interaction entre l’élément humain et l’écologie, comme étant l’une des conditions d’existence de la culture au niveau local.

S’agissant de la production de la culture savante, le Mouvement Populaire met l’accent sur la mise en place des moyens et des infrastructures nécessaires, l’institutionnalisation de l’action culturelle individuelle et des collective et la garantie de la liberté d’expression et de critique, loin des surenchères religieuses et politiques.

Ces conditions, certes nécessaires pour garantir une accumulation quantitative et qualitative de la production culturelle, s’avèreraient insuffisantes en l’absence de l’adoption de mesures qui incitent à la lecture, de la consommation du produit national, de l’adoption des valeurs humaines comme plateforme de référence pour l’éducation et de la création d’espaces de citoyenneté pour la conception de modèles des attitudes requises notamment dans l’espace public, dans la perspective de l’élargissement de la sphère du débat au sein de la société sur les idées, les valeurs et les concepts.

Concernant la relation entre la culture et le développement, le Mouvement Populaire souligne qu’aujourd’hui il est nécessaire plus que jamais de veiller à la qualification du facteur humain et à son éducation sur les valeurs éthiques, à travers l’orientation de l’action culturelle pour qu’elle s’inspire de modèles et de symboles de personnalités marocaines, dont l’histoire a été associé à l’intégrité, à la loyauté aux valeurs nationales et ce, d’autant plus que l’irresponsabilité, l’anarchie, l’égoïsme, la tricherie, le clientélisme et la corruption sont autant de phénomènes qui se sont propagés de manière inquiétante durant les deux dernières décennies.

Partant de ce fait, la culture revêt une importance cruciale s’agissant de la renaissance des valeurs fondamentales de la société marocaine, eu égard à son rôle décisif dans la reconfiguration de la conscience collective et dans l’immunisation de l’identité nationale contre les dangers de l’aliénation.

Enfin, le Mouvement Populaire considère que la mise à niveau du paysage politique reste tributaire fondamentalement de la mise à niveau du paysage culturel, eu égard aux relations dialectiques existant entre la culture et la politique. Le Mouvement Populaire souligne que l’amélioration du niveau de la pratique culturelle dans sa dimension globale, son orientation pour qu’elle soulève les grandes questions et l’accompagnement par les intellectuels des changements sociaux accélérés avec des analyses profondes constituent autant de facteurs qui garantiront une plateforme solide pour le débat et l’interaction autour des défis auxquels est confronté notre pays durant cette phase critique.

Le Mouvement Populaire met l’accent, dans ce sens, sur la nécessité d’instituer le Haut Conseil de la Culture, en vue de définir les axes stratégiques de la culture nationale et son immunisation contre les surenchères politiques de telle partie prenante ou autre, ainsi que sur la création de l’Agence nationale de protection du patrimoine et sa dotation des moyens matériels et logistiques pour recenser et classifier le patrimoine culturel et sa ré-exploitation dans les écrits et les cursus d’histoire.


Recommandations de la 4e session de l’Université Populaire sur «  le nouveau enjeu de l’amazighité… quels acquis pour quel avenir ? »

Skhirate, les 08 et 09 mai 2010

1.      Assurer une protection juridique à l’amazighité, à travers la reconnaissance de la dimension amazighe de l’identité nationale au niveau du préambule de la Constitution et l’institutionnalisation de la langue amazighe comme langue nationale et officielle ;

2.     Lever les obstacles juridiques entravant le processus d’intégration de l’amazigh dans la vie publique, lever la proscription des prénoms amazighs et mettre en œuvre la Décision Royale relative à l’usage de l’amazigh au sein des tribunaux ;

3.     Réhabiliter les us et coutumes amazighes comme l’une des principales sources de la législation marocaine ;

4.     Consacrer les acquis réalisés par la langue amazighe dans l’enseignement, qui constituent les fondements garants de la promotion de l’amazigh et de sa préservation, à savoir l’obligation, la généralisation horizontale et verticale, l’unification, l’adoption de l’alphabet amazigh « Tifinagh » et l’accélération du rythme de mise en place des moyens matériels, humains et juridiques pour assurer la réussite du processus d’intégration de l’amazigh dans le système éducatif ;

5.     Prendre en considération la spécificité historique et culturelle durant le découpage régional prévu dans le cadre de la mise en œuvre de la régionalisation élargie, en vue d’assurer la cohésion sociale requise et la réussite des projets de développement local ;

6.     Relire l’histoire du Maroc, en vue de réhabiliter l’histoire sociale qui met en exergue les symboles culturels et civilisationnels amazighs ;

7.     Veiller à l’aséquation des cursus et des contenus scolaires avec la politique de la régionalisation élargie, à travers l’intégration de toutes les données géographiques, humaines et socioculturelles relatives à la région dans les programmes régionaux d’enseignement, aux côtés des matières et des contenus nationaux ;

8.     Veiller à faire de la presse marocaine une presse citoyenne, basée sur les principes d’égalité et de proximité, afin qu’elle puisse refléter les aspects de diversité culturelle qui représente la réalité de la société marocaine ;

9.     Faire de la presse amazighe un levier de communication, de développement, d’encadrement, de culturation et d’information et bannir la vision folklorique qui vise à banaliser la culture amazighe sous la forme de clichés touristiques figés, tout en préservant l’équilibre requis entre le traditionnel et le moderne dans les produits médiatiques amazighophones ;

10.  Amélioration de la qualité des émissions amazighophones dans les chaînes de télévision nationales, augmentation du volume horaire consacré aux émissions amazighophones pour atteindre 30% du temps d’antenne et ne pas considérer la chaîne de télévision amazighe (la 8ème) comme une alternative au quota horaire dédié à l’amazigh au niveau des autres chaînes de télévision ;

11.   Protection du patrimoine architectural dans les différentes régions du Royaume, encouragement de la recherche archéologique dans les différents sites archéologiques et la création de musées régionaux dans l’ensemble des régions du Maroc ;

12.   L’adoption de l’alphabet « Tifinagh » dans l’espace public et sur les façades des institutions publiques et ne pas exercer de pressions contre son usage par les associations de la société civile et les particuliers.