Dans un entretien de M. Laenser, Secrétaire général du Mouvement Populaire, avec le quotidien « Assabah »

Mohand Laenser, Secrétaire général du Mouvement Populaire, a accordé une interview au quotidien « Assabah » qui a été publié le mercredi 12 juillet 2017, dans lequel il a corrigé plusieurs informations erronées qui sont colportées par certains au sujet de la famille harakie, en particulier celles qui ont trait à la prétendue concurrence pour remporter le poste de Secrétaire général du parti, à la candidature de M. Mohamed Hassad à ce poste et à son adhésion au parti. M. Laenser a également abordé les mouvements de protestation d’Al Hoceima et d’autres questions que nous découvrons dans l’entretien suivant :

 

Le Mouvement Populaire vit au rythme d’une forte concurrence et de manœuvres secrètes en vue de décrocher la position du Secrétaire général lors du prochain congrès du parti. Quelle est la nature de ces manœuvres et comment se déroulera l’opération d’élection lors du congrès ?

Je ne sais pas qui vous inspire, vous les journalistes, ces qualificatifs sensationnels, tels que la forte concurrence et les manœuvres secrètes. En tous cas, nous sommes un parti dont les militants et les militantes se sont habitués à agir publiquement et à déclarer leurs positions de manière franche et claire au sein des structures et des instances du parti. Ils sont, de ce fait, loin des manœuvres en coulisse. En ce qui concerne le prochain congrès, je vous assure que le statut et le règlement intérieur du parti ont abordé en détail ces questions et n’ont laissé aucune place à l’interprétation. De ce fait, les militantes et les militants harakis se référeront la loi lors de leur 13ème congrès national, durant lequel la voie de candidature sera ouverte à quiconque aura satisfait aux conditions légales requises.

 

Certains milieux évoquent la candidature de M. Mohamed Hassad, aujourd’hui ministre fort dans le gouvernement El Othmani, au poste du Secrétaire général du parti, en l’absence de concurrents forts parmi les figures du parti. Le statut permet-il à un membre qui a rejoint récemment le parti de se porter candidat à ce poste ?

Tout d’abord, je voudrais clarifier que l’appartenance au Mouvement Populaire ne distingue pas entre un nouveau membre et un ancien membre. La candidature au poste de Secrétaire général du parti, à l’instar des autres postes de responsabilités au sein du Mouvement Populaire, est régie par les dispositions du statut du parti. Ainsi, le processus de candidature à tout poste sera mené dans le respect de ce statut et conformément à des procédures qui seront annoncées par la commission préparatoire du prochain congrès qui devra se tenir légalement en 2018 ; laquelle commission n’a pas encore été formée. Je suis convaincu que les militantes et les militants harakis couronneront de réussite le prochain congrès à l’instar des précédentes sessions, parce qu’ils croient que ce qui devrait prévaloir c’est la pérennité et la continuité de la pensée harakie loin des personnes, sachant que le congrès est le seul organe habilité à amender le statut du parti. Je m’interroge aussi qui sont ces milieux. C’est un terme usité par la presse afin de susciter des réactions politiques. L’absence de concurrents forts que vous prétendez est infondée, car le Mouvement Populaire regorge de compétences qui ont cumulé tant d’expériences et d’expertises qui leur permettent d’assumer avec mérite n’importe quelle responsabilité. Personnellement, j’ai relevé, à tout au long de mon parcours, les potentialités dont dispose le Mouvement Populaire et qui ont de fortes qualifications les habilitant à poursuivre la conduite du parti d’une manière digne de son histoire et de son patrimoine national.

 

La nomination de MM. Hassad et Bencheikh en tant que ministres parmi la liste du Mouvement Populaire a suscité le mécontentement de plusieurs dirigeants harakis qui désiraient décrocher un poste dans le gouvernement El Othmani. Comment le parti gère-t-il aujourd’hui sa relation avec ses ministres ?

Encore une fois, je m’interroge où vous vous relevé ce mécontentement. Au contraire, lors de toutes les réunions et rencontres tenues par le Bureau politique du parti, seul ou avec les parlementaires du parti, les expressions de satisfaction et de bienvenue ont été témoignées à l’adresse de MM. Hassad et Bencheikh, qui sont une valeur ajoutée pour le parti. Pour nous, au sein du Mouvement Populaire, peu importe la personne nommée comme ministre. Ce qui importe le plus c’est le bénéfice qu’en tirera le parti en termes de performance, d’efficacité et de rendement dans le département ministériel dont il assume la responsabilité. Que certains membres, dont le nombre est très limité, soient déçus de ne pas avoir obtenu un portefeuille ministériel est une chose normale qui se produit à l’occasion de la formation d’un gouvernement.

Je m’interroge ici sur le fait qu’au moment la majorité des partis politiques est décriée pour son hermétisme, on reproche au Mouvement Populaire son ouverture. En ce qui concerne la relation du parti avec ses ministres, je voudrais souligner que c’est une relation organisationnelle vu que ces ministres représentent le parti. Par conséquent, ils présentent leurs bilans lors des réunions du Bureau politique et se réfèrent à la direction du parti s’agissant de certaines décisions qu’ils prennent dans le domaine de la gestion gouvernementale.

 

Vous participez au gouvernement El Othmani, pour la première fois, avec un portefeuille vital comme l’éducation qui est resté longtemps l’apanage d’autres partis. Quelles sont les attentes du Mouvement Populaire de la gestion d’un secteur épineux dont sont sortis tous les partis avec un bilan négatif ?

Ce n’est pas vrai. Le Mouvement Populaire avait déjà assumé la responsabilité du secteur de l’éducation sous le gouvernement de M. Benkirane, en les personnes de MM. Abdelâadim El Guerrouj et Khalid Al Barjaoui. La performance du parti était à la hauteur en dépit des contraintes et difficultés auxquelles est confronté ce secteur vital et sensible. Comme vous l’avez relevé, l’éducation est un dossier épineux en raison de l’accumulation des réformes qui ont commencé depuis les années 80 du siècle dernier et qui ont été caractérisées par une sorte de confusion et la prévalence de la préoccupation idéologique. Nous croyons, au sein du Mouvement Populaire, que l’éducation est une question sociétale qui ne doit pas être soumise à des calculs conjoncturels et à la logique étroitement partisane, mais plutôt être le fruit d’une vision nationale globale, basée sur le consensus et faisant prévaloir l’intérêt général et l’avenir des futures générations. C’est la vision qu’adoptera le Mouvement Populaire dans la gestion du secteur de l’éducation, dont les premiers fruits commencent à porter à travers la prise d’une série de mesures qui ont été annoncées par M. Hassad depuis ses premières semaines au ministère.

 

Le mouvement de protestation d’Al Hoceima a soulevé et soulève encore la responsabilité du gouvernement s’agissant du traitement des revendications sociales pressantes. Quelles sont, selon vous, les voies d’urgence pour mettre fin à la tension dans le Rif ? Ne craignez-vous pas que des mouvements de protestation similaires se déclenchent dans votre région, en particulier dans des provinces rurales qui souffrent d’un déficit de services et d’équipements ?

S’agissant du mouvement de protestation d’Al Hoceima, je tiens à rappeler les positions annoncées par le parti, aussi bien à travers des réunions du Bureau politique qu’à travers des communiqués du Secrétariat général, à travers lesquelles le parti a exprimé sa préoccupation de ce qui se passe et son soutien aux revendications de la population dans les volets économique et social, mais dans le cadre du respect des lois en vigueur et tout en rejetant l’instrumentalisation de ces revendications sociales pour atteindre d’autres objectifs. Bien évidemment, la responsabilité du gouvernement est établie s’agissant de tout dysfonctionnement ou faillite au devoir constatés. C’est d’ailleurs ce qu’avait souligné le communiqué dont lecture a été donnée par le Porte-parole officiel du Palais Royal à l’issue de la dernière réunion du Conseil des ministres. Nous attendons les résultats des travaux d’enquête menés pour déterminer les responsabilités.
Quant à votre allusion quant à la possibilité de transmission des mouvements de protestation à d’autres régions, en particulier dans le monde rural, c’est une chose que ne souhaite pas toute personne qui veut que son pays jouisse de stabilité et de prospérité. Je voudrais souligner, à cet égard, la nécessité d’œuvrer d’urgence à réaliser l’équité territoriale en accordant la priorité au développement des régions qui souffrent de déficit, ce qui nécessite l’instauration d’une véritable stratégie de développement rural qui impacterait concrètement le niveau de vie de la population rurale. En tous cas, qu’il s’agisse d’Al Hoceima ou d’une autre région, le dialogue demeure la meilleure solution. Pour cela,  nous appelons au dialogue dans le cadre de la sérénité et de la restauration d’un climat de confiance entre tout le monde parce que la confiance est la véritable voie vers toute solution.

 

Quelles sont les contraintes auxquelles vous faites face à la présidence de la Région Fès-Meknès, au regard de l’étendue de la superficie de cette région et des grandes disparités spatiales entre ses provinces ?

En matière de gestion des affaires publiques, il faut noter que l’orientation vers la gestion de la chose locale est un choix et une conviction. Personnellement, j’ai choisi d’exercer mes responsabilités de politique au niveau régional parce que je crois en l’utilité de la régionalisation avancée dont les fondements ont été jetés par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Avant ce choix, je savais que cette mission ne sera pas facile, étant donné qu’il s’agit d’une nouvelle expérience qui est à ses prémices qui sont souvent marquées par des difficultés dont l’aplanissement requiert  la progressivité dans la recherche des solutions et l’application des procédures à même d’assurer que l’action ait un impact tangible sur le terrain. Comme tout le monde le sait, il a été procédé récemment à l’édiction d’une série de décrets, qui devront sans doute clarifier davantage la vision et réglementer les modes d’action. A ce jour, le principal obstacle réside dans le manque de ressources humaines qualifiées et des crédits nécessaires à l’investissement et à l’équipement. Je partage votre opinion par rapport à votre allusion à l’étendue de la superficie de la région et aux grandes disparités spatiales entre les provinces composant cette région. Nous en sommes conscients, d’autant plus que parvenir à l’équilibre et pallier les déficits dans certaines provinces sont à la tête de nos préoccupations.

 

Comment gérez-vous votre relation avec le PJD, d’une part, et l’opposition représentée par le PAM, d’autre part ?

Étant donné que la Région est une collectivité territoriale en vertu de la loi, elle est de ce fait soumise à la logique convenue démocratiquement, basée sur l’antagonisme entre la majorité et l’opposition ; lequel antagonisme ne peut pas être que bénéfique. Cependant et pour ma part, je me considère comme président de tout le monde et j’accorde le plus grand soin à adopter une approche participative et à privilégier le consensus en matière de prise de décision. Je suis convaincu que l’intérêt de la Région et de ses habitants transcende les positionnements et les calculs politiciens conjoncturels.

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