Clôture des travaux de l’Université Populaire en recommandant la protection des droits linguistiques et culturels et l’accélération de la mise en œuvre du chantier constitutionnel relatif à la langue amazighe

Les travaux de la 9ème session de l’Université Populaire ont été clôturés, samedi dernier à l’Institut Moulay Rachid à Maâmoura-Salé ; laquelle session a été consacré à la discussion du thème « le patrimoine culturel et linguistique commun : un pont de communication entre les générations ».
Ainsi, les participants aux travaux de cette session ont été unanimes à souligner la nécessité de protéger les droits linguistiques et culturels et d’accélérer la mise en œuvre du chantier constitutionnel relatif à l’officialisation de la langue amazighe et à son intégration dans l’enseignement et dans les domaines prioritaires de la vie publique.

Les travaux de cette université se sont articulés autour de quatre sessions, consacrés à plusieurs questions telles que « Le rôle de l’université et de l’école dans la promotion des droits linguistiques et culturels », « le rôle du pluralisme culturel et linguistique dans l’unification des composantes de la société marocaine », « le rôle des réseaux sociaux dans l’influence de l’opinion publique » et « L’identité marocaine et la mondialisation ».
Dans ce cadre, il a tenu la première session, tenue sous la présidence de M. Mohamed Hassad, membre du Bureau politique du parti du Mouvement Populaire, a débattu du thème « Le rôle de l’université et de l’école dans la promotion des droits culturels et linguistiques ». Les intervenants ont abordé ce thème sous des angles différents, qui ont porté essentiellement sur le rôle que pourrait jouer l’université pour promouvoir les droits linguistiques et culturels et assurer leur rayonnement dans les différents domaines de recherche à l’université et dans ses instituts.
Dans ce contexte, M. Saïd Amzazi, Président de l’Université Mohammed V à Rabat, a souligné que le patrimoine linguistique et culturel commun a toujours constitué un outil de communication entre les générations, évoquant dans ce sens le rôle joué par l’université dans le rayonnement de ces droits dans le domaine de la recherche scientifique à travers le renforcement des capacités d’usage de la langue amazighe et la formation des cadres et des compétences auxquels sera confié à l’avenir l’enseignement de la production amazighe à un niveau élevé en linguistique amazighe et dans diverses disciplines connexes.
M. Amzazi a relevé, à cet égard, le rôle qu’a joué l’Université Mohammed V de Rabat dans l’intégration de la langue amazighe, notamment à travers le lancement d’un cursus amazighe dans le domaine de la linguistique depuis 2013 et la conclusion par cette université d’une convention de coopération et de partenariat dans le domaine pédagogique avec l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) portant sur la formation, l’encadrement et l’organisation d’activités conjointes.
Pour sa part, M. Hassan Sahbi, Président de l’Université Moulay Slimane de Meknès, a affirmé que les droits linguistiques et culturels constituent une composante essentielle et un pan essentiel dans le système des droits de l’Homme, ce qui requiert l’intervention pour protéger et développer ces droits et les consacrer dans les rangs des étudiants à l’université.
M. Sahbi a indiqué, par ailleurs, que la législation nationale et les décisions réglementaires des universités ont toujours offert un espace de débat scientifique, ce qui a permis de former les apprenants et de leur inculquer l’esprit des valeurs, à travers l’intégration de ces droits dans les programmes et les cursus d’enseignement. M. Sahbi a rappelé que l’université qu’il préside procédera au cours de l’année prochaine au lancement d’une licence en langue amazighe.
Dans le même contexte, M. Mohamed Aderdour, Directeur de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation (AREF) de la Région Rabat-Salé-Kénitra, a souligné que l’université et l’école marocaines disposent aujourd’hui de piliers pour consolider les droits linguistiques et culturels à travers leur intégration dans les programmes et les cursus d’enseignement.
M. Aderdour a rappelé, dans ce sens, le processus de révision annuelle des programmes et des cursus d’enseignement ; lequel processus vise à consacrer le système de valeurs, à améliorer la formation et la formation continue et à préparer des cadres et des compétences.
La deuxième session, présidée par M. Addi Sbaîi, membre du Bureau politique du Mouvement Populaire, a examiné « le rôle du pluralisme culturel et linguistique dans l’unification des composantes de la société marocaine ».
Lors de cette session, les intervenants ont jeté la lumière sur la réussite de l’expérience marocaine dans la gestion de sa production symbolique, qui a été couronnée par la reconnaissance officielle par la Constitution de toutes les composantes linguistiques et culturelles et ce, dans le cadre de la préservation de l’unité l’identité marocaine ayant de multiples affluents.
Dans ce sens, Mme Adiba Bakour, chercheur en communication, a indiqué que le pluralisme culturel et linguistique au Maroc a contribué, à travers l’histoire, à l’unification de toutes les composantes linguistiques et culturelles dans le cadre de l’identité marocaine unie, ce qui a engendré une civilisation marocaine avec ses diverses expressions et manifestations, qui couvrent de nombreux aspects et dans lesquelles fusionnent toutes les composantes culturelles et linguistiques.
Mme Bakour a souligné que la reconnaissance de toutes ces composantes ne devrait pas se limiter à la constitutionnalisation, mais requiert d’aller de l’avant sur la voie de la consolidation de l’arsenal juridique pour protéger davantage notre patrimoine linguistique et culturel, appelant en même temps à la nécessité d’accorder voix au chapitre à la langue amazighe dans les médias en général et dans les réseaux sociaux en particulier, en vue de faciliter son enseignement et son apprentissage par toutes les générations et à grande échelle.
D’autre part, M. Mohamed El Ferran, Directeur de l’Institut des études et recherches pour l’arabisation, a évoqué le processus d’arabisation qui, selon lui, a contribué au renforcement de la langue arabe, qui est devenue aujourd’hui une langue enseignée et une langue d’enseignement et d’apprentissage de plusieurs autres disciplines.
M. El Ferran a souligné que la nouvelle politique linguistique nécessite une intervention urgente de l’Etat pour réorganiser le nouveau paysage linguistique, qui s’est façonné tout au long de plusieurs étapes historiques et qui engendré une production culturelle et linguistique diversifiée. M. El Ferran a indiqué que cette intervention se doit de renforcer le rôle des langues officielles et de promouvoir leurs diverses expressions, tout en s’ouvrant sur les autres composantes linguistiques et se conformant à l’esprit de la nouvelle constitution.
De son côté, M. Abdelfattah Belâamchi, Président du Centre marocain de la diplomatie parallèle et du dialogue des civilisations, a souligné que la démarche adoptée par le Maroc en matière de gestion du patrimoine culturel et civilisationnel commun diffère des expériences de bon nombre d’Etats qui appellent à la fusion de toutes les composantes dans une seule langue et dans une seule culture.
M. Belâamchi a rappelé que le Maroc a été, tout au long de plusieurs siècles, un Etat-nation, assurant que l’intervention de l’Etat dans la gestion du patrimoine symbolique a conduit à la reconnaissance dans la Constitution de toutes les composantes linguistiques et culturelles, mais dans le cadre de l’identité marocaine unie qui se distingue par la pluralité et la diversité, qui sont des manifestations de la richesse de cette identité, appelant à la nécessité d’accélérer le chantier constitutionnel relatif à l’officialisation de la langue amazighe.
La troisième session, présidée par M. Abdelilah Tahani, Directeur de la Communication au Département de la Communication et Directeur par intérim de la Bibliothèque nationale, a abordé le thème « Le rôle des réseaux sociaux dans l’influence de l’opinion publique », à travers la discussion du rôle joué par ces réseaux dans la diffusion des informations et le transfert des connaissances à une large échelle et l’influence de l’opinion publique. Lors de cette session, les intervenants ont également passé en revue un certain nombre d’inconvénients ayant trait à la mauvaise utilisation de ces nouveaux médias numériques.
Dans ce contexte, M. Abdelouaheb Rami, professeur à l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC), a évoqué le rôle joué désormais par les réseaux sociaux dans le domaine de la communication et de la diffusion des informations.
M. Rami a souligné qu’en dépit du rôle important joué désormais par les réseaux sociaux et du pouvoir conféré aux usagers de ces réseaux en matière de diffusion rapide des informations, force est de souligner que l’absence de moyens de contrôle et de maîtrise des informations diffusées sur ces réseaux risque de causer des préjudices qui pourraient dépasser la vie privée des individus et toucher les affaires publiques.
Pour sa part, M. Omar Cherkaoui, professeur à la Faculté de droit de Mohammedia, a révélé des chiffres officiels relatifs au nombre des usagers des réseaux sociaux, qui dépasserait 15 millions, indiquant que ces usagers constituent aujourd’hui des fronts de pression qui ont contribué à contraindre le gouvernement à se rétracter sur plusieurs décisions gouvernementales qui ont été prises dans un certain nombre de questions nationales.
M. Cherkaoui a souligné que ces réseaux sociaux s’imposent d’eux-mêmes aujourd’hui et offrent des alternatives, mais les informations qu’elles diffusent dans de nombreux cas pourraient affecter négativement les affaires publiques, parce que ce qu’elles sont souvent fausses et infondées.
D’autre part, M. Fouad Ouakkad, rédacteur en chef d’un journal électronique, a passé en revue le rôle joué par les réseaux sociaux et les moyens qu’ils offrent à leurs usagers pour influencer l’opinion publique.
M. Ouakkad a réaffirmé que les moyens numériques modernes sont parmi les moyens les plus prometteurs pour jeter les bases de médias électroniques prometteurs qui répondent aux aspirations des citoyens, tout en appelant, en même temps, à la nécessité de faire preuve de vigilance par rapport aux informations diffusées sur les réseaux sociaux et de ne pas les considérer comme des sources d’informations, car ils diffusent souvent des messages populistes qui ne serviraient pas les objectifs à réaliser.
La quatrième session, présidée par M. Driss Merroun, membre du Bureau politique du Mouvement Populaire, a examiné le thème « L’identité marocaine et la mondialisation ». Lors de cette session, les intervenants ont mis l’accent sur la nécessité de consacrer une identité marocaine ouverte sur son environnement, fière de son patrimoine symbolique, qu’il soit culturel ou linguistique, et capable de faire face à toutes les tempêtes, y compris la mondialisation rampante.
Dans ce contexte, M. Ahmed Assid, écrivain et intellectuel, a passé en revue le processus de façonnement de l’identité marocaine, auquel ont contribué des composantes culturelles et linguistiques qui constituent le patrimoine commun essentiel qui a été défendu par la société civile marocaine depuis plus de quatre décennies.
M. assid s’est dit étonné de l’émergence des prémices d’un nouveau discours qui voudrait faire reculer le débat public sur la chose culturelle et linguistique de notre pays au point de départ, sachant, précise-t-il que la langue amazighe, par exemple, a accompli des réalisations remarquables durant une décennie depuis 2001, comme en témoignent notamment l’intégration de la langue amazighe dans l’enseignement et les médias publics et sa consécration comme langue officielle dans la Constitution. M. Assid a souligné, à cet égard, la nécessité d’accélérer l’adoption de lois organiques qui rhabilleraient la langue amazighe.
Evoquant l’identité nationale avec ses dimensions linguistiques et culturelles, M. Assid a appelé à la nécessité de jeter des bases solides pour la préservation de l’identité nationale en vue de faire face à tous les facteurs de la mondialisation, qui menacent désormais, non seulement l’économie, mais aussi la culture.
De son côté, M. Omar Halli, Président de l’Université Ibn Zohr d’Agadir, a appelé à la nécessité de généraliser l’écriture visuelle de langue amazighe et de créer de musées régionaux en vue de la promotion de notre patrimoine culturel et linguistique, y compris le patrimoine hassani dont les thèmes couvrent tous les domaines créatifs, artistiques et patrimoniaux.
Par ailleurs, M. Halli a évoqué le rôle joué par l’Université Ibn Zohr en matière de création d’une filière de la langue amazighe en son sein, alertant toutefois contre le recul préoccupant cette année de l’affluence sur les études amazighes et assurant que la question exige de nouveau une intervention d’urgence pour remédier aux causes de ce dysfonctionnement et encourager les étudiants à inscrire dans les spécialités amazighes.

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