Point de vue (à la veille du 11e Congrès national)

La moralisation de la vie publique constitue l’un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés dans la tentative de notre pays de s’affranchir du carcan du sous-développement et dans ses efforts inlassables visant à juguler les dysfonctionnements relevés dans la gestion des affaires publiques.

En évoquant la moralisation, nous entendons par cela que les piliers de l’esprit éthique devraient prévaloir ou du moins devraient être pris en considération et être une source d’inspiration pour orienter nos consciences vers un comportement plus intègre qui soit au service de l’intérêt général. 

Evidement, cette question peut être appréhendée sous différents angles, cependant l’angle que nous privilégions est relatif à la prévalence de l’illusion que la moralisation de la vie publique peut être réalisée sans la participation des femmes ou en réduisant leur rôle ou en considérant leur participation comme un acte courtoisie ou de bienveillance amicale. 

Souhaitant apporter notre contribution à la dissipation de cette illusion, nous affirmons sans équivoque que c’est la participation consciente, efficace et persévérante des femmes dans les instances politiques et dans toutes les activités de la société civile qui est de nature à assurer à la femme une représentativité à laquelle la prédestinent son action et ses compétences, mobilisées au service de l’intérêt général. 

Ce qui handicape une telle participation réside en fait dans l’inconstance du respect des valeurs éthiques. A chaque fois que notre nation accomplit des progrès dans divers domaines de la vie qui l’affranchissent du joug d’un passé alourdi par un passif historique aux causes diverses, et à chaque fois que notre pays réalise des avancées et des acquis dans le domaine de la réforme en consacrant les fondements de la démocratie politique et sociale et jetant les bases de l’édifice solide de l’Etat de droit, cela s’accompagne toujours par une présence plus positive des femmes et une meilleur exploitation de ses potentialités mentales, éducatives et d’orientation au niveau de la prise de décision, de la mise en œuvre et du suivi. 

Ce qui précède nous amène à souligner de nouveau que la véritable bataille dans laquelle nous devons nous engager tous, chacun en fonction de son potentiel et de sa position, est de lutter en faveur de la consécration des hautes valeurs morales, les valeurs de justice, d’honnêteté et d’intégrité, tout en étant conscient que la consécration de ces valeurs dans de notre vie quotidienne ne pourrait se faire du jour au lendemain, et qu’il n’est pas une polémique saisonnière qui saisit la journée du mars  chaque année pour que les voix s’élèvent ici et là pour rendre justice à la femme et reconsidérer une représentativité qui lui a été octroyée de manière fragmentaire sur un plateau d’argent, sans aucune peine ni effort et sans une prise de conscience réelle des enjeux. 

En d’autres termes, la consécration de ces valeurs est une affirmation de l’adhésion à la clarté et de la loyauté envers la transparence, dans le cadre d’un processus où l’on est tenu de porter un habit ou d’emprunter un vocabulaire spécifique pour chaque circonstance en vue d’être rassurant en attente d’un lendemain lointain. 

La clarté intellectuelle requiert de d’affirmer avec franchise que la véritable représentativité de la femme et la moralisation de la vie publique constituent les deux faces d’une seule monnaie et que chacune demeure tributaire de l’autre, dans l’interdépendance et la complémentarité. 

Enfin, la réduction intentionnelle et anticipée du rôle des femmes et de leur représentation politique ou le conditionnement de ce rôle par des considérations conjoncturelles ou festives, signifie en dernier lieu que la distance qui nous sépare de la moralisation de la vie publique est longue ou du moins demeurera inchangée à un horizon indéterminé. 

Si le soutien de la vertu restera des paroles creuses si nous ne mobilisons pas toutes nos énergies et nos ressources matérielles et humaines et physiques pour promouvoir l’éducation et lutter contre les agissements discriminatoires et avilissants, il en sera de même en ce qui concerne la représentativité des femmes au niveau des instances et des tribunes politiques. Cette représentativité demeurera un mirage si nous ne sommes pas attachés aux principes de l’Etat de droit, qui requiert de nous une résistance soutenue face à l’injustice sous toutes ses formes et une lutte sans relâche contre les foyers de la déviance inhérente à la léthargie de l’administration et au relâchement de la prise de conscience de l’importance stratégique de la notion d’intérêt public.

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