En réponse à Abdelaziz Othmani
Analyse de l’obsession politique du festival « Mawazine »

J’ai lu la réponse de M. Abdelaziz Othmani (l’art des voyous dans l’analyse de la position du festival « Mawazine ») à mon article « Les voyous de l’art – La guerre des fondamentalistes contre « Mawazine ». Ce qui m’a étonné c’est que cette personne n’a rien compris à ce que j’ai écrit en qualifiant mon article de superficiel, peut être parce qu’il n’a eu que quelques minutes seulement pour lire mon article comme il l’a affirmé – ou pour une toute autre raison que j’ignore.

Mais sa réponse était polémique et regorgeait d’amalgames, plutôt que d’apporter une réponse à ma thèse essentielle.

Avant de rappeler, une fois de plus, l’essence de mon idée fondamentale, je voudrais tout d’abord mettre à nu les erreurs méthodologiques, historiques et politiques impardonnables qu’a commis M. Abdelaziz Othmani, qui ont fait que la valeur scientifique et cognitive de sa réponse était modeste.

Tout d’abord, il a affirmé que j’appartiens au parti du Mouvement Populaire et que ce même parti a soulevé des interrogations à ce sujet. Premièrement, le parti du Mouvement populaire n’a pas de position officielle par rapport au festival « Mawazine ». Seule une parlementaire appartenant au parti avait exprimé sa position et elle a le droit de le faire, comme j’ai le droit d’exprimer une opinion contraire à la sienne, et aucun de nous ne parlait au nom du Parti. Je crois que cela relève des principes basiques dans le domaine de l’action politique: nombreux sont ceux d’entre nous qui écrivent leurs opinions qui les engagent eux seuls, mais quand ils veulent parler au nom du parti, ils l’indiquent clairement. Deuxièmement, même si le parti du Mouvement populaire était officiellement contre « Mawazine », j’ai le droit, en tant que citoyen et écrivain, d’exprimer une opinion contraire à cette position. J’avais procédé de la sorte à plusieurs reprises et cela n’a pas causé d’embarras ni au parti, ni à moi. Au sein du Mouvement Populaire, nous n’avons pas une culture stalinienne qui contraint tout le monde à épouser les mêmes positions.

M. Othmani a affirmé que le parti du Mouvement Populaire est un parti administratif. J’ignore l’appartenance politique de M. Othmani, mais le qualificatif qu’il a utilisé a été souvent rabâché par la gauche (je le répétais également lorsque j’ai adhéré à cette gauche il y a 20 ans). Un de mes amis disait toujours « si l’adjectif d’administratif collé au parti signifiait qu’il se pliait à l’autorité de l’administration marocaine, cela constitue un honneur pour nous, parce que nous, au moins, nous ne recevions par d’ordres des baasistes de Damas et de Bagdad, des nationalistes du Caire, des blanquistes d’Algérie ou des communistes de Moscou … ». Bien qu’il y a une part de vérité dans ce qualificatif, je n’y recours pas quand il s’agit de décrire des partis libéraux comme des partis administratifs, car cet adjectif recèle quelque chose d’excessif et de polémique. Mais je voudrais poser à M. Othmani ces questions et j’espère qu’il me réponde honnêtement.

Qualifierez-vous d’administratif un parti tel que le Mouvement Populaire qui a milité contre le parti unique et a jeté les bases du pluralisme politique au courant de la fin des années 50 du siècle dernier ? Qualifierez-vous d’administratif un parti qui a défendu les droits politiques des amazighs ? Qualifierez-vous d’administratif un parti dont la majorité des militants faisaient partie de l’Armée de libération ? Qualifierez-vous d’administrative la position de M. Aheradan à l’égard de la formation du gouvernement en 1986, et qui lui a valu les exactions de Basri et Guedira ? Ne saviez-vous pas que le parti du Mouvement Populaire est le seul qui a rejeté la composition du gouvernement d’Abbas Fassi, et nous savons tous comment ce gouvernement a été fabriqué et par quelle partie, alors que les autres partis, qui se gargarisaient d’être progressistes et nationalistes, ont fermé les yeux et accepté sans sourciller que leur soit imposée la formation gouvernementale et des ministres ? … Les questions sont nombreuses et les positions sont multiples… J’invite seulement M. Othmani à relire l’histoire et à accomplir ce devoir avant de lancer des déclarations hâtives.

Maintenant, je voudrais expliquer mon point de vue à M. Othmani dans l’espoir qu’il le comprendra cette fois. J’ai affirmé que les fondamentalistes qui s’opposent à «  Mawazine » (et non pas d’autres) ont toujours été contre les festivals, qu’ils ont toujours saisi toutes les occasions pour les combattre et qu’ils ont cette fois-ci un prétexte approprié, notamment dans la conjoncture actuelle marquée par la dynamique politique actuelle et le mouvement du 20 février, pour récidiver.

J’ai affirmé également que l’idée de « Mawazine » demeure importante et pertinente pour assurer un rayonnement culturel du Maroc, même si j’ai aussi réserves contre ceux qui sont derrière cette idée. J’ai dit qu’il ne fallait pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » comme dit le proverbe anglais.

Nous devons revoir la gouvernance de « Mawazine », mais le festival constitue un acquis pour le Maroc et nous devons le préserver. L’attitude hautaine du directeur artistique de « Mawazine » à l’égard du public est inacceptable, mais je ne suis pas obligé de m’y référer parce qu’elle n’a aucune relation avec la question que j’ai soulevée ; celle des fondamentalistes et des festivals.

Il en est de même pour la répression des manifestants : le fait que je l’ai pas évoquée ne veut pas dire que je la soutiens, car si j’y fais référence je ferais partie des grands « tombeurs d’avions » évoqués dans la fameuse anecdote marocaine.

Mais ce que je ne comprends pas c’est que la couverture médiatique et sécuritaire ait été décrite par l’auteur comme l’un des inconvénients du festival. Pourquoi ? Parce que, selon M. Othmani, cela donne l’impression au citoyen que c’est l’Etat qui organise le festival. L’argumentaire avancé est non seulement faible, mais il recèle des contre-vérités et des référents politiques et idéologiques fragiles. Est-ce que tout ce qu’organise l’Etat est erroné ? Y-a-t-il une contradiction entre l’Etat et le citoyen ? Si cela était vrai, pourquoi alors 3 millions de spectateurs ont afflué pour assister au festival (200.000 pour la seule Shakira et 300.000 à Marrakech) et sans doute qu’il a été suivi par plusieurs millions à la télévision. Devrait-on arrêter la roue de la culture, des arts et du rayonnement à défaut de gestion démocratique et ce, jusqu’à ce que nous accédions à une véritable démocratie ? Oui, la gestion non démocratique est relevée dans de nombreux domaines, mais nous ne devrions pas faire d’amalgames et tenter d’évoquer de faux prétextes et des informations incertaines, tels l’origine des fonds, l’exploitation des deniers publics, l’extorsion ou l’omission de l’existence du « bâton » dans les rues, pour avancer que « Mawazine » n’est pas pertinent. Nous devons faire preuve de davantage d’honnêteté intellectuelle dans notre analyse si nous voulons développer le débat politique.

Enfin, M. Othmani a affirmé que le festival « ne répond pas à un réel besoin des Marocains à un type spécifique de l’art ». J’avoue j’étais confus s’agissant de la réponse à lui apporter. Qui de nous connaît le besoin réel des Marocains à un type spécifique de l’art ? M. Othmani, a-t-il réalisé une étude à ce sujet ou a-t-il élaboré un cadre conceptuel pour la réception artistique (théorie de la réception) auprès des Marocains pour conclure que « Mawazine » ne répond pas à besoin ? De quels Marocains parle-t-on, ceux qui adorent l’Aïta, l’andalou, le hip-hop, Ahouach, Ahidouss, Taqtouqua, les chansons libanaises, les chansons du Golfe, le hard rock ou pop ? Chacun de ces genres artistiques compte des fans qui se chiffrent à des dizaines de milliers. Parmi ces genres, qui est celui qui répond à « un besoin réel des Marocains à un type spécifique de l’art ». Je propose d’aller au-delà de ces préjugés qui n’ont aucun lien avec la réalité et la science, pour s’engager dans un débat rationnel, serein, scientifique et argumenté, fondé sur une analyse logique si nous voulons jeter les bases de la société du dialogue. La polémique et la tentative d’introduire des éléments de détail, quelle qu’en soit la valeur cognitive, ne nous aiderait à rien.

M. Othmani souhaite avancer coûte que coûte que « Mawazine » n’est pas pertinent, mais sa démarche intempestive ne servira en rien notre besoin pour l’argumentation, la conviction, la persuasion et le débat démocratique.

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