Attaque bactériologique (2)

Mohamed Ouzzine

Dédicace spéciale :

Elle m’a parlé le soir avec une voix tremblante :que fais-tu mon fils ? J’ai répondu : je finis un article, maman. La bédouine et native de la montagne m’a rétorqué : sur nos concitoyens de la montagne ? J’ai répondu en souriant : Non, maman. Cette fois-ci c’est sur la guerre. Elle a affirmé alors :et qu’as-tu à voir avec la guerre, mon fils ?Je lui ai répondu, tentant de lui apporter une explication simple, c’est une analyse des formes du conflit dans le futur. Sa réponse fut alors :toutes ces guerres qui sont passées n’ont pas suffis ? Ils pensent encore à comment ils vont se faire la guerre demain. C’est un autre temps. Votre temps,mon fils, que Dieu nous en préserve et nous en épargne.Puis, elle a raccroché,une fois pour toujours. Elle est partie le matin, refusant d’appartenir au monde de la cupidité, des batailles et des guerres.

Les leçons « coronaires », un titre en gras qui caractérise désormais le débat public planétaire. Les leçons ont varié et avec elles ont divergé les perceptions et les représentations, mais elles ont convergé en une leçon et une seule description : la vulnérabilité du monde. Comment ?Des pays ont depuis longtemps dominé, terrorisé et menacédu fait de leur possessiond’une arme nucléaire et de réacteurs nucléaires. Leur suprématie a augmenté au gré de leur course effrénée vers l’armement, de leur étalage d’équipements de guerre terrifiants et de leur organisation de manœuvres militaires effrayantes.

Mais l’invasion de la pandémie est venue confirmer la nécessité pour ces pays dominateurs de refaire leurs calculs, voire areplacéau premier plan une question fondamentale :quelle serait la forme et à quoi ressembleraient véritablementles guerres du futur ? Certes, des guerres qui sont hybrides, invisibles, perfides, complexes, dévastatrices et permanentes, dont le spectre a été exacerbé par « la dès occidentalisation » et la montée du géant chinois, d’une part, et l’émergence d’une nouvelle prise de conscience et de mouvements de protestation en Amérique, d’autre part, qui remettent en cause les fruits des guerres en Irak et en Afghanistan, s’opposent à l’agression et refusent de s’engager dans des guerres qui ne n’occasionnent que des pertes.

Les guerres du futur sont en fait les conflits d’aujourd’hui. Comme l’a si bien décrit Mohamed Hassanein Heikal, « les guerres se déroulent dans le domaine politique, seules leurs dernières scènes sont transposées dans les champs de bataille ».En effet, au milieu des armes, les lois se taisent.

Quelques individus, disposant de capacités limitées et ne mobilisant pas nécessairement des technologies de pointe, peuvent impacter de grands Etats et leur faire subir des pertes catastrophiques difficiles à prévoir, comme nous l’avons enregistré lors de l’attaque du 11 septembre qui a visé les gratte-ciel jumelles de New York, symbole de la suprématie américaine.

Des études américaines ont conclu, voire prouvé, que toute attaque bactériologique contre les Etats-Unis sera difficile à contrecarrer et entraînera la perte de milliers de vies. C’est ce qui a poussé les Etats-Unis à adopter une nouvelle approche technico-militaire, appelée « la guerre préventive », de manière à instaurer un nouveau concept de la guerre visant à prendre en compte l’équilibre géopolitique et géostratégique international. Telle a été la thèsepromue dans un document officiel publié par la Maison Blanche depuis l’année 2002, intitulé « La stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis d’Amérique ». Ledit document énonçait explicitement « nous interviendrons pour contrecarrer, si nécessaire, de manière préventive, tout acte d’agression desadversaires ». En fait, il est difficile de comprendre cette phrase sur le plan sémantique en raison de l’occurrence de deux mots incompatibles (contrecarrer et préventive). Mais ce qui est entendupar la « manière préventive » comme indiqué dans le document, c’est le recours à la force pour dissuader toute course aux armements dans le but d’instaurer la suprématie ou simplement pour égaler la force militaire américaine.

Cela explique l’approche proactive américaine à travers l’adoption de mécanismes militaires avancés, basés sur la force, la célérité et l’efficacité. La voie s’ouvre largement à la « digitalisation de la guerre ». C’est d’ailleurs lasupérioritéqu’ont fait exposerles Etats-Unis au cours de plusieurs manœuvres militaires durant lesquelles des systèmes d’information d’analyse, d’exploration, de surveillance, de suivi et pilotage numérique et des mécanismes de détection par satellitesont été mis à profit, en plus de la mobilisationde mini-drones et d’images vidéo, qui transmettent, via des caméras installées sur les soldats, tout ce qui se passe sur le terrain afin de faciliter le suivi et le soutien des opérations d’intervention rapide. Le but étantd’adopter les solutions les plus efficaces et d’utiliser une force de frappe puissante, avec un minimum de pertes humaines, bien évidemment américaines.

Cette supériorité numérique a fait hâter le développement d’un nouveau concept de guerre appelé « Revolution in MilitaryAffairs – RMA ». Il s’agit de guerres sur le terrain sans soldats. La mission de ces derniers se limite à faire fonctionner des systèmes électroniques appelés« I-Warriors ». C’est à peu près le même programme que la France a œuvré à développer à travers « Le Programme Félin », qui est un plan de préparation et de développement des compétences de combattants intraitables : précision, célérité, force écrasante et intervention destructrice.

Malgré toutes ces approches prospectives géopolitiques, elles restent limitées de l’avis de nombreux experts en recherche stratégique : si l’Europe avait formé l’axe du monde géopolitique avec ses alliés américains au cours du XXème siècle, ce rôle, selon les mêmes experts, reviendra en Asie au cours du XXIème siècle, notamment avec l’émergence du géant chinois et sa conversion en une usine pour le monde, ce qui alimente davantage son ambition de jouer le rôle de tuteur de l’Asie et d’annoncer peut-être dans les prochains jours d’autres ambitions. Cela suggère l’émergence d’un nouvel ordre mondial, dont les traits ont commencé à être façonnésà travers un camp médiatique de l’Est et un camp médiatique de l’Occidentdurant la période de la pandémie. C’est une scène que l’éminent auteurpolitique et économiste américain Lester Thurowavait déjà dépeint dans son célèbre ouvrage« Head to Head » (Le conflit au sommet) publié en 1993. Il avait affirmé que « les Etats-Unis étaient au XXème siècle une superpuissance militaire dans un monde bipolaire, à côté de l’Union soviétique, mais elle est actuellement une superpuissance militaire unique qu’aucun autre Etat ne pourrait contester. Les Etats-Unis étaient aussi une superpuissance économique, mais elles ne le seront pas durant leprochainsiècle. Elles seront plutôt une puissance économique dans un monde multipolaire. Lester Thurow a ainsi apporté, à travers son ouvrage, une réponse exhaustive à la question qu’il avait posée : à qui appartiendra le XXIème siècle ?

Revenons au présent et examinons avec attention les premières manifestations des deux camps de l’Est et de l’Ouest, qui ont émergé au niveau des médias. Le porte-parole du gouvernement chinois avait indiqué auparavant que l’armée américaine aurait été à l’origine de l’infection de la ville de Wuhan, ajoutant, comme s’il voulait étayer ses propos, que les soldats américains ayant participé aux Jeux mondiaux militaires de Wuhan 2019 ont intentionnellement répandu le virus dans le marché des fruits de mer de Wuhan. Les chauves-souris étaient alors un hôte naturel du virus. Motif : la guerre économique que mènent les Etats-Unis contre la Chine, est le prolongement d’une guerre bactériologique qui n’est pas néed’aujourd’hui.

La réaction des Américains n’a pas tardé, en affirmant que la Chine est la causede la propagation de la pandémie suite à des recherches secrètes menées durantdes décennies pour développer des armes biologiques. Ils se sont interrogés est-ce une coïncidence que ce virus soit présent dans une ville qui abritel’unique laboratoire de recherche biologique classé P4 en Asie et bénéficiant d’unesurveillance sécuritaire renforcée.

A la lumière de ces échanges d’accusations, nous sommes devant l’hypothèse d’une arme bactériologique dans ce qu’on appelle les « sanctions intelligentes », c’est-à-dire la propagation d’épidémies et de bactéries pour exterminer les humains et le territoire. Cependant, les thèses scientifiques font rapidement leur entrée sur scène pour réfuter cette hypothèse, considérant que les coronavirus sont scientifiquement d’origine animale. Par conséquent, il est difficile d’accepter l’idée que le coronavirus soit une arme bactériologique.

Ce qui est ironique dans cette histoire est que les Etats-Unis et la Chine sont tous les deux parties à une convention internationale connue sous le nom « BWC » (la convention des armes biologiques). Il s’agit d’uneconventiondont sont parties 180 Etats qui se sont engagés, en vertu de cette convention, à ne pas développer, fabriquer, stocker ou utiliser d’armes biologiques.

Quel qu’en soit le cas, il n’y a qu’une mince ligne de démarcation entre la recherche biologique à des fins civiles et la recherche biologique à des fins militaires.

Malgré cette politique de confrontation, l’administration chinoise ne cache pas son ambition de surpasser les Etats-Unis. Elle se serait même fixée un délaipour y aboutir : l’année 2049, date qui coïncide avec le 100ème anniversaire de l’investituredu« Grand Timonier » Mao Zedong ; chose que les Etats-Unis ne voient pas d’un bon œil.

Les deux géants s’inspireraient-ilsdu dicton cynique de Napoléon Bonaparte : « En guerre comme en amour, pour en finir, il faut se voir de près ».

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