Lors du séminaire« la réforme administrative et les enjeux du développement » : L’accent a été mis sur l’adoption d’une stratégie fondée sur l’amélioration de la relation avec le citoyen

Les intervenants lors du séminaire organisé vendredi dernier par le parti du Mouvement Populaire ont été unanimes à souligner que la réforme administrative constitue désormais un besoin urgent et une véritable voie pour instaurer les règles de bonne gouvernance aux niveaux local et national.

Les participants à ce séminaire, organisé sur le thème « la réforme administrative et les enjeux du développement », ont relevé qu’en dépitdes expériences de réforme dont a été objet l’administration marocaine, le succès de cette réforme tel qu’escompté demeurecependant hors de portée,car l’administration publique souffre encore de déficiences et de dysfonctionnements divers.

Pour sa part, M. Mohamed Moubdiî,membre du Bureau politique du Mouvement Populaire et Président du Groupe Haraki à la Chambre des Représentants, a évoqué les difficultés auxquelles sont confrontés les citoyens dans leur relation avec l’administration, affirmant à cet égard que « les dysfonctionnements sont nombreuses etdiverses, partantde l’accueil et arrivant au traitementdes dossiers et les documents, en passant par la communication ».

Dans son intervention où il a passé en revue certaines réalisations du Mouvement Populaire dans le secteur de la fonction publique et de la réforme de l’administration, M. Moubdiî a ajoutéque la réforme de l’administration publique marocaine constitue désormais une revendication urgente à la lumière des circonstances actuelles que traverse le monde, des nouveaux principes énoncés dans la Constitution de 2011 qui a exhorté au changementdes modèles de gestion, en consacrant les principes de bonne gouvernance et de corrélation de la responsabilité avec la reddition des comptes et surtout des discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui n’a cessé de prônerune administration stratégique, coopérative et efficace dans l’élaboration des politiques et la conception des programmes.

Par ailleurs, M. Moubdiî a souligné que le processus de réforme qui a concerné l’administration publique marocaine n’a pas réussi à la rehausser au niveau d’une administration moderne et intégrée dans son environnement, car cette administration souffre encore de plusieurs déficits, liés notamment à safaible performance,à la faible qualité des services qu’elle offre aux citoyens, au caractère pléthorique de son personnel,au déficit de compétence,à l’absence de l’esprit de responsabilité chezde nombreuxfonctionnaires. M. Moubdiî a indiqué, en outre, que l’administrationconstitue encore, au regard de bon nombre de fonctionnaires,un refuge qui leur assure un salaire mensuel sans qu’ils soient tenus derendre des comptes par rapport à leurs performances.

Le Président du Groupe Haraki a poursuivi en affirmant que « la responsabilité exige du fonctionnaire, qui exerce une mission ou une autorité publique et dont la gestion des affaires des citoyensest placéeentre ses mains, qu’il accomplisse au moins le devoir qui lui incombe en veillant à être au service des citoyenset à les aider, mais la réalité est toute autre ».

Moubdiî a ajouté « Il est vrai que lesfonctionnaires de l’administration publique font l’objet du suivi et de l’évaluation de leurs supérieurs, mais ils obtiennent des notes 20/20 comme si ils étaient performants100%, ce qui est faux. S’ils obtiennent des notesinférieures à 20/20 cela déclenchedes protestationsetdes condamnations ».

Moubdiî a rappelé à cet égard le rôle joué par le Mouvement Populaire, qui a réussi à adopterune politique fondée sur l’évaluation de la performance de chaque fonctionnaire et la lutte contre les fonctionnaires fantômes, évoquantqu’il a relevé des cas de fonctionnaires qui ont décédé et d’autres qui ont immigré à l’étranger ou qui ont regagné une autre fonctiontout en continuant à percevoir des salaires.

Moubdiî a indiqué, dans ce sens, que le ministère a œuvréà l’activation des mécanismes de suivi et de surveillance qui ont donné lieu à des résultats substantiels grâce à la redynamisation du rôle des inspections généralesdes ministères, ce qui a abouti à la radiation de plus de 1.500 fonctionnaires fantômeslorsqu’il était responsable du Département dela Fonction publique.

L’ancien ministre de la Fonction publique a évoqué, par ailleurs, la problématique de la promotion sur la base del’ancienneté, affirmant « nous avons estimé qu’il n’était pas raisonnable de prévoir la promotionsur la base uniquement del’ancienneté et qu’il était nécessairede s’appuyer, pour la promotion interne, sur la formation continue en vue de perfectionner les compétences des fonctionnaires et de lutter contre les paresseux d’entre eux », soulignant que le ministère a présenté un décret qui oblige l’administration à consacrer des crédits budgétaires et du temps à la formation continue des fonctionnaires.

Le Président du Groupe Haraki à la Chambre des Représentants a également évoqué la clôture de la voie de l’emploi direct sans passer par les concourslancésofficiellement, ajoutant que le pourvoi despostes vacantsou créés était laissé auparavant à la discrétion de chaque ministre, alors qu’ils sont maintenant ouverts à la concurrence, sur la base des principes de la compétence, du mérite et de l’égalité des chances.

Moubdiî a évoqué aussi l’engagement du chantier de luttecontre la corruption après l’échecdes précédentes initiatives gouvernementales, à travers l’adoption d’une stratégie qui a concilié entre la législation, la formation, la sensibilisation et la répression, soulignant toutefois« malheureusement, la corruption est encore répandue, en particulier dans les secteurs de la santé, de l’administration et de la sûreté ».

D’autre part, M.Moubdiî a également abordé l’institution de la contractualisation comme mode de recrutement dans l’administration publique, affirmant à cet égard « grâce à ce système, nous avons pu mettre fin aux souffrances des foules de protestataires devant le Parlement ».

Moubdiî a également évoqué la réforme du système de retraite à travers l’adoption de mesures d’urgence et courageuses pour limiter l’aggravation des déficits enregistréspar les réservesdes caisses de retraite. Il a rappelé qu’eu égard au coût onéreux qu’aurait dû supporter l’ensemble des citoyens en cas de report de cette réforme, « nous avons décidé d’aller de l’avant dans cette réforme après la tenue d’une série de rencontres avec l’ensemble des parties prenantes ».

Pour sa part, Dr.El Hilali Cherif, professeur d’université, a affirmé que « bien que l’administration publique a capitalisé des acquis importants dans le domaine de sa modernisation, force est de relever qu’il ne s’est pas encore hissée à la hauteur des ambitions et aspirations ».

Le conférencier a attribué cet état de fait à plusieurs entraves et dysfonctionnementsqui se sont tellement enchevêtrés qu’il difficilede pouvoir les résoudre rapidement, eu égard notammentà l’absence d’unevision commune et unifiéedu programme de réforme administrative et dedéconcentration des services, des compétences et des moyens,àla situationdel’administration dans le monde rural, à la problématique de la corruption administrative et des comportements professionnels, à la complexité administrative et à l’inadaptation de certaines dispositions du Statut général de la fonction publique avec les développements qu’a enregistrésl’administration, tellesl’iniquité du systèmede rémunération, l’absence d’un système national de formation continue, la faibleutilisationdes technologies modernes dans la gestion administrative,l’absence d’une visionglobale pour améliorer la relation de l’administration avec ses usagers, l’absence d’une approche participative pour la gestion des affaires publiques et la quasi-absence du droit d’accès à l’information.

Le conférencier a conclu en mettant l’accent sur la nécessité d’engager une réforme de l’administration publique marocaine conformément aux principes et aux normes de la Constitution et d’œuvrer à lamise à niveaude l’élément humainà travers la formation continue et sa formationaux technologiesd’informationen vuede leur utilisation dans ses relations avec les citoyens, àl’améliorationde la gestion des affaires publiques,au renforcement de la déconcentration administrative,à la redéfinitiondes missions de l’administration, à la consécration de l’éthique dans le service public, à la mise à niveau des ressources humaines et au développement des méthodes de leur gestion,à la réforme du système de rémunération,à l’amélioration de la relation de l’administration avec ses usagers, à la simplification  des procédures administratives et au développement de l’usage des technologies d’information et de communication.

Par ailleurs, la plupart des autres interventions ont souligné la nécessité d’adopter une stratégie basée sur l’amélioration de la relation entre les citoyens et l’administration et la révisiondu Statut général de la fonctionpubliquede manière radicale à traversl’adoptiond’une loi organique des fonctions publiques.

Ces interventions ont également critiqué le système de contractualisation institué par le gouvernement précédent en matière de recrutement, estimant que ce système constitue une solution temporaire pour lutter contre le chômage des diplômés. Certains intervenants ont indiqué que le recrutement aujourd’hui par contractualisation pourrait engendrer des protestations demain, appelant à la mise en œuvre de la charte de déconcentration administrative à travers la relocalisation de projets de développement vers des zones lointaines en vued’assurer un équilibre entre leszones urbaines et les zones lointaines à travers l’activation de la régionalisation avancée. D’autres intervenants ont appelé à la reconsidération de la réforme du système de retraite.

Il convient de rappeler que ce séminaire, qui s’inscrit dans le cadre du programme d’activités du mois de Ramadan arrêté par le Mouvement Populaire et qui a été modéré parM. Ahmed Siba, membre du Conseil national du Mouvement Populaire, a entamé ses travaux par la présentation d’un document de cadrage sur la réforme administrative et les enjeux du développement, dans lequel M. Saïd Darif, coordinateur du Comité préparatoire de la Ligue des administrateurs harakisa abordé les principales orientationsde la réforme de l’administration, à savoir en particulier l’application du principe de la déconcentration administrative,la réhabilitation des valeurs éthiques du service public, l’amélioration dela relation entre l’administration et ses usagers,la simplificationdes procédures administratives,la rationalisation de la gestion des ressources humaines et l’institutiond’une politique claire et équitable dans le domaine de la motivation humaine et des compétences.

 

Partager sur Facebook